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 Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]

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Saad
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MessageSujet: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Lun 27 Juin - 21:44

Les Cités-Etats de la Bande sont, dans le monde d'Autyre, une série discontinue de cités-états (d'où leur nom), située sur une bande de terre d'un millier de lieues sur une centaine de large, tel un immense pic sur les cartes du monde, enfoncé dans la mer comme un mont dans les cieux, une aiguille sifflante de terre au milieu d'un océan infini.

Pour le moment On en distingue 4:

Nantris, la Cité de Fer
La Vieille Masen
Lomoyis la Sept fois Saintes
Sol'Tharon la Splendide

Je n'en dis pas plus, mais en gros, ces textes vont vous donner, sans aucune autre information, un aperçu brut de ce à quoi ressemblent ces villes.

En espérant que ça vous plaise.


Surtout, et c'est peut-être le plus important: Donnez-moi votre avis objectif sur les textes. Tout ce qui vous plaît ou déplaît, vos avis, vos conseils... Soyez honnête, le plus honnête possible, c'est la meilleure chose que vous puissiez faire pour m'aider.


Dernière édition par Saad le Lun 4 Juil - 14:32, édité 2 fois
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Saad
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MessageSujet: Une Nuit à Masen   Lun 27 Juin - 21:46

Une Nuit à Masen


Une légère brise, insaisissable et glaciale, chasse les ombres pesant lourdement sur la voûte céleste.
Les nuages, ainsi poussés, révèlent une lune pâlissante, éternelle témoin, éclairant de sa lumière ténue les rues sombres et tortueuses de la ville endormie.
L'écume de la mer se brisant sur les rochers, près des docks, sur les digues, semble immaculée sous la blancheur de l'astre... Les bateaux tanguent, le bois craque et frémit, les vaisseaux amarrés poussent leurs vieilles plaintes, argumentant avec le ressac, le fracas des vagues, commentant le chant des marins ivres, titubant sur les quais.
Lassés par leurs interminables discussions, d'autres navires s'en vont, s'en vont perdre leur ennui dans le creux de l'océan, leurs estomacs bombés chargés de cadeaux, de présents, allant étaler leur richesse aux quatre coin du monde, là où le soleil berce et où le vent caresse, où la chaleur n'est pas un luxe et la pluie un événement... D'autres, moins chanceux, rabougris, repliés sur eux-mêmes, petites barques ou frêles bateaux, partent le ventre vide, espérant se le remplir de poisson frétillant, pour les dégobiller le matin suivant sur les étals du marché.
Sous le regard compatissant de leur patronne céleste, ils s'en vont vers l'horizon.

Au coeur des rues, la garde veille, là où elle peut.
Garrett enfonce sa tête dans ses épaules, et frotte ses mains gelées...
"Bientôt la relève,", se dit-il. "Un peu de patience."
Replaçant la bandoulière de son arquebuse, il jette un coup d'oeil aux alentours.
Les pavés couverts de mousse, craquelés, creusent par leur absence des trous dans la chaussée, reluisent dans l'éclat timide de la veilleuse nocturne, et dans les interstices qui les séparent courent de petits filets de crasse, une eau digne d'un égout, mélange de mélasse et de fiente, de boue et de bière. Les murs gémissent leur âge et leur lente décrépitude, lézardés et parsemés de traces vertes noirâtres... L'odeur iodée de la mer se mêle aux relents de rats crevés, faisant flotter un lourd et putride fumet, auquel vient s'ajouter les senteurs printanières de hommes saouls, suant et se tachant de ragoût infect et d'alcool bon marché.
Il rêve d'être muté, rêve de sortir de ce quartier, surveiller avec son cousin les quartiers riches des patrons et des aristocrates, quitter cette misère qui grouille sous ses pieds comme un essaim de cancrelats, qui fait vibrer les murs et planer ce son incessant, celui de la pauvreté et de la maladie... Qu'ils sont tranquilles les officiers, à jouer aux cartes dans les casernes, tandis que lui se les gêle dans le froid, tourmenté par cette bise insidieuse et glaciale, qui le fait trembler, frémir.
Et qu'ils sont tranquilles, ces ouvriers, dans leur bistrot miteux, à se réchauffer à l'alcool, à se noyer dans l'alcool, à y noyer leur désespoir, leur malheur et leur désarroi.
Il lève les yeux.
De hautes piques, des flèches menaçantes se dressent vers les cieux, autant de pointes barbelées avides de sang, rêvant de pouvoir transpercer les nuages.
Ce sont les clochers. Les toits de hautes tours et des bâtiments luxueux, des avertissements à tout envahisseur: Si même nos toits sont armés, devinez donc combien nous sommes redoutables. Une intimidation portant visiblement ses fruits, car en plus de cent ans, aucune guerre n'a ébranlé la vieille mégère, la vieille Masen.
La vieille Masen qui se renferme et s'isole, qui semble chaque jour s'éloigner un peu plus de ses proches voisins, et ce malgré ses récentes invasions.

La cité rêve d'empire, de domination coloniale, de prestance internationale et de pouvoir martial. Elle rêve de possessions et de puissance, de richesses, mais surtout de respect, de crainte, elle rêve de devenir la nouvelle puissance de la Bande Ouest, cette chaîne quasi ininterrompue de villes toutes plus puissantes et majestueuses les unes que les autres, s'étendant sur des milliers de kilomètres de long, et des centaines de large. Lomoyis, Nantris, Solothar, et d'autres...
La vieille se sent humiliée, elle qui a vu naître ces garnements impertinents, elle qui est restée de marbre quand ils s'entre déchiraient, elle qui les a vu grandir et prospérer, elle qui fut la première née, cette ville séculaire, installée sur un front de mer par les premiers humains à avoir posé le pied sur Calden, matrone d'un royaume qui s'étendit sur un nombre colossal de lieues, et dans un nombre colossal de lieux, elle qui a vu ce royaume majestueux s'effondrer, donnant naissance à cette flopée d'enfants indépendants et belliqueux, de Cités-Etats aux prétentions impérialistes ; elle rêve de vengeance. Une vengeance idéologique, qu'elle n'aura qu'en conquérant, dominant, annexant, pillant.

Et pourquoi ? Se dit le garde. On finira tous par s'effondrer, la vieille Masen y compris, alors pourquoi tant se débattre pour atteindre des sommets quand on sait qu'on les dévalera tôt ou tard, la gorge tranchée, notre place volée par un compétiteur plus jeune, plus ambitieux ou plus doué.
L'ennui lui fait se retourner la question, pourquoi ? Pourquoi tient-il tant à monter en grade ?
Peut-être qu'en le découvrant, il connaîtra les réelles motivations de la vieille peau.

Réfléchir est souvent salvateur, que ce soit dans un labyrinthe à énigmes, devant une bombe à désamorcer, ou un examen de sciences... Mais parfois, cela peut juste servir à tuer le temps. Se concentrer sur autre chose pour oublier la gerçure de ses lèvres, ce petit picotement dans le bout des doigts et orteils, qui n'augure jamais rien de bon, cette faim dévorante, et cette envie terrible d'uriner.
Cela évite de dandiner sur place en comprimant sa vessie, de pester face au froid, et de désirer ardemment une bière bien fraîche et un morceau de gigot.

"Bientôt la relève."

Le vent, d'humeur taquine, lui répond d'une soufflante qui le gèle jusqu'aux os.
S'il quitte son poste, il sera sûrement réprimandé par ses supérieurs... Voilà qui ne facilitera pas sa montée en grade, surtout dans un milieux aussi impitoyable que celui de la garde.
Même si le froid le gèle et que le vent l'accable, il doit rester fier, droit. Un pilier immuable.

Un pilier au bord de la ruine, sauvant les apparences pour ses derniers soubresauts de gloire... Les gens d'ici ne connaissent que cela, par ici , et ce qu'ils soient gardes... Ou villes.



Le claquement des bottes ferrées retentit dans les rues, les semelles cloutées frappent les pavés, écailles de métal, anneaux d'acier: un attirail de cuir et de fer bruissant dans un intimidant vacarme.
Arquebuses et matraques cloutées à la main, les brigadiers foncent à travers le dédale odorant et délabré.
Les petits voleurs ne sont pas rares par ici... Mais une escouade entière pour deux mômes ayant à peine la dizaine est peut-être exagéré.
Les enfants, le visage émacié, creusé par la faim et la misère, s'enfuient à toutes jambes, serrant contre eux leur maigre butin : Pommes et pain.
Deux gosses sur lesquels la vie s'est acharnée, les privant de parents, d'espoir, d'avenir, et bientôt de vie.
Leurs membres frêles peinent à supporter leur poids, et l'adrénaline seule leur permet d'avancer... Courir ou mourir. A supposer que leur fuite ne se finisse pas par une balle dans la nuque, ils seront battus, battus jusqu'à ce que leurs sens les abandonnent.

« Halte ! » Vocifère un des brigadiers.

Les larrons renversent un empilement de caisses et de tonneaux vides pour ralentir leurs poursuivants, tournant brutalement à chaque intersection... Ces rues leurs sont familières, ils savent où aller, où se cacher, comment semer les truands.
Mais pas les brigadiers.
Ceux-là les suivent de près, et pour chaque mètre perdu en gagnent deux.
Leur lourd fardeau ne semble pas les ralentir. Corbeaux aux ailes de peur, ils planent sur la ville et au-dessus des têtes... Dans leurs croassements, détonations de poudre noire et d'ordres impériaux, se devine le rire de la Faucheuse, et dans leur regard meurtrier, dans leurs yeux de bourreaux dansent les bûchers, les billots et les potences.
Dans cette ville, cadavre décharné, corps desséché et impitoyable, la vieille mère leur sourit, eux dont le cœur infâme se gèle de cruauté.

Le plus petit des deux criminels se permet un regard en arrière... Leur nombre a diminué de moitié.
Une main se plaque sur sa poitrine, stoppant net sa course.
Paniqué, il regarde son frère. Les yeux luisants et le souffle court, le jeune homme contemple sa fin : devant eux, deux brigadiers les tiennent en joue.
S'ils connaissent le dédale des rues, les agents de la garde -de la mort- en sont les maîtres.

Le chef d'escouade s'approche, la trique de bois et de fer à la main, suivi de ses deux hommes.

Dos à dos, les gosses tremblent comme feuilles au vent, la sueur perlant au front, les larmes scintillant au bord des yeux.
L'homme mesure bien deux mètres... Mais aux yeux du gamin, à peine pubère, il semble en faire six... Il ne voit plus les contrastes, ni ce qui l'entoure : Son regard ne peut plus se détacher du monstre de métal noir qui le surplombe, sa cape bleutée se muant en ailes sombres. Le casque devient crâne, des lueurs écarlates et malfaisantes luisent dans chacun des orbites vides, le fixant d'un regard brûlant, un regard de flammes dévorantes. Consumé, terrassé, une flaque se forme à ses pieds.
Le monstre respire, son souffle gronde comme tonitrue le tonnerre, comme roule un torrent, de sang et de larmes.
Son sang et ses larmes.

Un bras massif se lève : le vautour déploie son aile, brandissant sa masse cloutée.
Ses yeux s'écarquillent, ses pupilles se dilatent, la peur le submerge.
Il contemple ses dernières secondes, tétanisé, le temps s'écoule au ralenti tandis que la créature arme son coup.
Derrière lui, son frère hurle et le serre dans ses bras, suppliant le tueur du regard.
Un coup de tonnerre retentit, un éclair le frappe de plein fouet. Foudroyé, le gosse s'effondre, une bille de fer logée dans ses cervicales, ses bras sans vie glissant sur le corps de l'enfant, les nerfs contractés par le choc serrant mollement ses jambes.

Le gourdin s'abat sur son visage, disloquant sa mâchoire et brisant ses os, ses dents volant en éclats.
Encore conscient, pleurant, s'asphyxiant dans son sang, il sent la matraque défoncer chacune de ses côtes, ses bras cassés se tordant, une douleur effroyable parcourant chaque once de son corps, incapable de crier, aveuglé par le choc, il contemple le carnage, la bouillie de chair et d'os qui fut un jour son temple. Des ruines, osseuses et sanglantes.

Un pain et quelques pommes.


Un dos cogne contre le mur, la lame d'un couperet s'approchant d'une gorge.
Un sourire barbare assombrit un visage teigneux, des dents noires ou absentes dessinant un damier sur les crocs assoiffés du truand.
Derrière lui, encerclant le bonhomme, deux de ses potes ricanent.
« Eh ben mon petit poulet, tu t'es perdu ? »
Le petit poulet doit avoir la cinquantaine, des cheveux poivre et sel, des poils rêches constellant ses joues et son cou mal rasés, manteau vert et brun rapiécé, des mitaines dépareillés, des bottes trouées, un regard terrifié.
Balbutiant, la respiration plus secouée qu'un navire en pleine tempête, le cœur battant une chamade affolée, il ne peut détacher ses yeux de la lame luisante, rouillée par endroits, qui dans un rictus acéré lorgne sa délicate carotide.
« Je te fais le topo ? Pas d'intrus ici. C'est not' terrain de jeu, petit poulet.»
Maintenant le plat de l'acier meurtrier caresse sa joue, son baiser glacé lui arrachant une plainte apeurée.
« Mais tu veux peut-être jouer ? C'est pour ça que t'es venu ? »
« Je suis désolé » Bredouille le vieillard « je ne comptais pas... Je me suis perdu. »
« Tu sais ce qu'on dit, petit poulet, rien n'arrive par hasard. Ca tombe bien, j'avais faim. »
Faim ?
« Ca vous tente un poulet rôti, les gars ? »
Son visage se décompose. Les gangsters sont capables de tout, et aucun de leur mot ne doit être pris à la légère. Ce qui chez les autres est plaisanterie est avertissement, chez eux.
« Ma poulette, ma jolie poulette, ma poulette... Je te plumerai ! » S'exclame t-il, riant aux éclats, tandis que le hachoir se plante dans le bois pourri du mur, emportant avec lui l'oreille du vieil homme.

Les trois hommes sont secoués de rires incontrôlables, le clochard pleurant de douleur, terrifié, se sachant condamné.
Une main se pose sur sa tête, agrippant une touffe de cheveux hirsutes, traînant le mutilé dans la boue, l'approchant d'un tonneau où couve une chaude flamme, des rondins et des caisses dispersés en cercle, le salon des truands.
Maintenant, on lui enserre le poignet et on le pose sur une bûche.
« Qui veut une aile ? »
Hors de son champ de vision, un des tueurs lève la main.
L'homme au hachoir lève la sienne à son tour... Et l'abat sur la fragile articulation.
Un filet écarlate s'échappe du tronçon rouge, suintant d'un liquide poisseux de la couleur du vin frais.

Sur le mur, des ombres se tordent au rythme des flammes... Au gré de leur danse se dessinent des visages tantôt grimaçants tantôt implorants, décharnés et bouffis, les faciès démoniaques d'esprits malfaisants, et les figures désespérées de créatures innocentes.
Dans la lumière orangée se dessine une forme ovale, surmontée de 5 traits dansants, calciné dans les rires et les larmes... Plaintes et railleries vont crescendo. 3 démons viennent encercler un esprit malade, leurs griffes saisissant son corps frêle et fébrile pour le jeter dans le brasier ardent, les couleurs virent au rouge, la fumée s'épaissit et un fumet morbide emplit l'air, réveillant et alléchant les chiens errants.
Des hurlements terrifiants donnent vie à la scène, les visages se décomposent, se distordent, anarchiques et terrifiants, leurs traits malsains gagnant en horreur à chaque seconde, les yeux ne sont plus que des fentes, des failles dans le mur de la réalité, s'ouvrant vers un horizon de cruauté et de sévices, les flammes de l'enfer. Les bouches se garnissent de crocs, se tortillant dans un rythme effréné et anarchique tandis que le petit poulet brûle.

Le tonnerre retentit à nouveau, une fois, deux fois, trois fois, et un à un les visages s'effacent, le petit esprit ne se débat plus.

Une ombre, drapée d'une impression impitoyable et martiale, s'approche du tonneau de flammes.
« Bouchers. » Siffle la créature encapuchonnée. « Videz-moi ce tas d'ordures. »
Une dizaine de silhouettes dansantes accourent, dépassant l'étrange apparition.
Une vingtaine de bottes ferrées aux semelles cloutées frappent en cadence le sol sale, apportant la loi et sa punition, le couperet impeccable de sa justice.

L'apparition entre dans le bâtiment forcé par les cottes de mailles et d'écailles, sortant de gaines de cuir deux fins objets, les index sur les détentes.

Le tonnerre gronde plus que jamais, un orage éclate, la foudre s'abat partout. Dans ce divin chaos, les dieux du ciel déchaînant leurs redoutables pouvoirs, abattant leur parfaite colère, la silhouette quitte le mur pour rejoindre le carnage. Les percussions frappant avec zèle, détonantes et sifflantes, fendant l'air, la chair et les os.


Dans la rue déserte, Garrett s'effondre. La vieille mère a eu raison de lui, ce soir. De lui et de tant d'autres.

Fière et inquiétante, biscornue, anarchique, permissive et impitoyable, Masen se dresse sur le front de mer.
Au loin, les navires la fuient, les ventres chargés de son or sali par le sang.
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Saad
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MessageSujet: Une Journée à Lomoyis   Lun 27 Juin - 23:42

Une Journée à Lomoyis


Le jeune soleil d'une après-midi naissante caresse de ses rayons les murs de bronze et d'ambre de l'effervescente cité, tandis que des troupeaux de paisibles nuages, célestes ovins dont la lente course suit le vent calme et nonchalant, forment un ballet de coton blanc sur le ciel d'un bleu parfait.
Le contemplateur baisse les yeux, les hauts bâtiments se révélant à lui.
Entre leurs différents étages s'étendent des ponts, suspendus à plusieurs mètre au-dessus du sol. Ici les toits nus sont des rues, et les rues des musées, des galeries aux tableaux harmonieux et chamarrés.
Aux édifice de pierre jaune, aux arches trônant au-dessus des têtes pendent des bandelettes de papiers colorés, calligraphiés, autant de seaux protecteurs face à la mauvaise fortune, à la disette, à la ruine, autant de mots de grands philosophes, poètes et écrivains, autant de témoignages, de contes, de morceaux d'histoire et de légendes.
Entre deux fenêtres ovales s'ouvrent les façades, révélant de minuscules échoppes. La foule se presse entre les murs, un fourmillement de créatures atypiques, une nuée aux innombrables visages, autant de races et de personnages uniques : de ci de là, un groupe d'hommes-criquets, drapés de longues toges de soie bleue aux coutures dorées, s'écartent pour laisser passer un cortège de silhouettes rectangulaires et imposantes, des êtres hauts de deux mètres dissimulés sous d'épaisses robes de bure brune, les visages cachés par de grands masques de bronze, percés de trois trous simulant yeux et bouches, et dont la noirceur ferait pâlir un gouffre sans fond. Un puissant cliquetis métallique retentit, tandis qu'un amas de métal traverse la foule, un ogre bardé de fer, lourdement armuré, une colossale hache lestant son épaule, la tête protégée par un casque aux allures de crâne de fer, et dont les crocs acérés sembles aptes à déchirer l'acier. Il suit une petite créature verdâtre au nez crochu, les oreilles longues et pointues, se frottant les mains avec un sourire niais, hochant la tête en commentant chaque détail de la ville comme un narrateur perdu dans une description sans fin, parlant à la vitesse de l'éclair avec une voix suraiguë et heureusement faible.
Une bande de guerriers traverse la foule d'un pas martial, arborant scarifications et peintures de guerre à la couleur du charbon, armés de lances et de lourdes épées à deux mains, observant la foule de leurs yeux masqués par d'énormes masques cérémoniels mimant à la perfection des têtes de corbeaux à l'allure macabre.
Une explosion de couleurs aux nuances infinies, celles des poudres d'épices et des teintures, des reflets majestueux des tissus, étoffes de soie, de pourpre, de laine et de coton, de la teinte brune et alléchante des viandes cuites à point, grillées sur de petits feux répandant des odeurs de coriandre, d'amande et de chair tendre, de piments écrasés et de délicieux poissons dont la fraîcheur n'a d'égal que la force des couleurs, et la puissance de leur goût ; un balais presque indécent de beauté et de richesse auquel s'ajoute les mosaïques arcs-en-ciels formés par les pavés, les gravures dorées et argentées, les peintures abstraites et les formes géométriques simples mais gracieuses ornant les murs dans un ballet artistique d'une beauté inégalable, témoignant du caractère gracieux, raffiné, et intemporel de la cité Sept Fois Sainte : Lomoyis la Noble, Lomoyis la Sacrée, Lomoyis.


Vêtu d'un ample kimono blanc, les pieds dans des sandales d'osier, un sourire trônant sur son visage à moitié dissimulé par un grand chapeau conique, le fourreau d'un katana orc pendant à sa ceinture, un étranger se faufile au milieu du grand essaim, effaçant l'épaule, pivotant sur ses chevilles, son bassin, rejetant bras et tête pour que passent ses contemporains, les effleurant du bout de ses larges manches ou d'un pan de son simple habit, imitant les pas des saltimbanques, une valse experte digne des plus grands danseurs : celle des rues bondées ; les sons de la ville, cité lumineuse, jouant la mélodie des jours prospères et des temps heureux, un spectacle de saveurs odorantes et de délices visuels.
L'homme tourne au détour d'une rue, manquant de percuter une flopée de gremlins affolés et fuyant leur maître : un nain tempétueux, le velours pourpre de ses habits d'antiquaires ne dénotant pas avec la teinte de son visage gonflé par la colère et l'exaspération.
La ruelle étroite dans laquelle il s'engage s'assombrit à mesure qu'il avance, les hauts bâtiments cachant l'astre solaire. Au bout d'une dizaine de mètres, le halo orangé de lanternes suspendues entre les murs vient chasser les ténèbres, remplaçant le monarque céleste dans sa quête de lumière.
Les pas amples et gracieux de l'étranger l'emmènent au devant d'une porte de bois sombre, les bras flottants dans une calme et subtile chorégraphie -marque de ceux dont l'âme paisible et gracieuse se plaît à vagabonder-.
Il saisit la poignée, ouvrant la porte ornée de motifs géométriques sculptés et d'une petite vitre  jaune, et s'engage dans un court corridor où discutent un minotaure barhéen richement vêtu -une ethnie bien plus petite, de la taille d'un être humain- et un homme-lézard  suçant l'embout d'une longue pipe ornée de verre coloré et de plumes noires et blanches. Ils saluent le nouvel arrivant d'un signe de la main, auquel il répond d'un léger hochement de tête.
Atteignant le bout du couloir, il pousse une seconde porte, autrement plus épaisse, et met le pied dans le Mojo Sokël, «le bar de la ruelle », nom sobre pour un établissement atypique.
En contrebas des escaliers où il pose le pied, une grande salle. Gigantesque même, en son centre s'élevant un comptoir octogonal où s'activent sans relâche serveurs et serveuses, hybrides félins et reptiliens, elfes et humains. Un gobelin s'affaire aux cocktails, agitant frénétiquement un secoueur, tandis qu'un orc au front cerclé d'un bandana blanc immaculé prépare grillades et assiettes de viande et de poisson crus, débitant d'une main experte dans des gestes brefs et vifs, tranchant net et harmonieusement, véritable samouraï de la planche à découper. Des tables emplissent la salle entière, accueillant des myriades de clients, leur taille allant crescendo à mesure qu'elles s'éloignent du bar, une disposition parfaite conçue pour optimiser les places et déplacements des patrons et des clients.
Surmontant le comptoir, relié au sol par un grand escalier, une large plate-forme accueille un groupe de troubadours aux masques et vêtements chamarrés, dont la musique énergique mais apaisante plonge l'établissement dans une ambiance mêlée de plénitude bienheureuse et de calme enjoué.
Les sandales de l'étranger descendent une à une les marches, les sens à nouveau comblés par ce qu'il voit, sent, entend.
Cet homme s'approche du bar, et s'installe sur un tabouret, entre un elfe enveloppé dans le long manteau bleu profond des mages de l'arcane et un humain engoncé dans une armure de cuir clouté, une épée battant son flanc et une dague fixée à sa cuisse.
En face de lui, derrière le comptoir s'affaire un hybride à tête de bouc, qui le salue d'un large sourire, son pelage blanc luisant sous la lumière tamisée des lampions de couleurs multiples, donnant majoritairement dans les tons chauds.
Le tenancier se tourne vers son collègue orc, et l'interpelle. Sans même se retourner, ce dernier lève un pouce approbateur et le laisse prendre une assiette de poisson cru, surmonté de quelques feuilles oranges et jaunes semblables à celles d'un choux, une sauce légèrement vinaigrée ruisselant entre leurs veines blanchâtres.
Déposant l'assiette devant l'étranger, il lui adjoint une pince d'os aux bouts pointus, un tendon maintenant serrées les deux extrémités ; et un verre d'un liquide bleuté où s'agitent des particules violettes, dansant telle une fumée, dessinant un nuage mauve dans l'azur foncé du breuvage.
L'étranger s'empare de la pince, index au-dessus et majeur en-dessous, le pouce glissé entre les deux pointes osseuses, les écartant en le reculant, les refermant en l'avançant, saisissant ainsi l'appétissante chair du poisson frais, remerciant le serveur d'un hochement de tête agrémenté d'un large sourire.
«  - On dit qu'il est coutume d'ôter son couvre-chef en entrant quelque part. » L'interpelle une voix rauque, une voix d'outre-tombe, celle d'une créature abyssale, issue des tréfonds insondables d'une mer ténébreuse, là où les hommes ne font que se noyer et dépérir, la voix presque gargouillante d'un monstre marin, un léviathan sorti de sa profonde et aqueuse cachette pour le réprimander, caché dans son dos.
Une main à l'aspect de pince, ses cinq doigts et son dos comme blindés par une épaisse chitine semblable à celle d'un crabe, dépose une bourse bouffie sur le comptoir, et tapote ensuite l'épaule de l'étranger.
Cet homme là se retourne, dévisageant la tête cauchemardesque d'un poulpe au corps d'homme, sa bouche circulaire et garnie de crocs suintant d'une épaisse et jaunâtre salive semblable à du pus cachée par d'épais tentacules roses pâle au toucher gluant et répugnant. De chaque côté de sa gueule terrifiante des trous béants, comme d'énormes furoncles explosés et creusés au couteau s'ouvrent et se referment au gré de sa respiration rauque semblable à un grognement, deux petits yeux jaunes aux étroites pupilles enfoncés dans des orbites profonds, le dévisageant avec un regard mêlé de haine et de bestialité.
Les deux hommes se toisent pendant quelques secondes, l'atmosphère s'alourdissant à chaque battement de cœur, chacun des cliquetis de l'horloge, suspendue au-dessus d'eux, le pendule se balançant comme la lame d'une hache, découpant en secondes le temps de plus en plus long.
Une main gantée de chitine s'approche de la garde d'un poignard effilé, la lame longue comme un coutelas, un dard d'acier aux reflets noirs, un métal impur et meurtrier , tandis que les doigts délicats d'un épéiste expert glissent sur le tissu protégeant la fusée de son sabre, meurtrière œuvre d'art.


Le claquement frénétique des semelles de bois sur les pavés ocre retentit dans un long et sombre couloir, un corridor à l'aspect ancestral témoin d'une lutte sans merci entre les lueurs dansantes des torches éclatantes et les ténèbres acharnées dans lesquelles il menace de plonger.
Un petit halètement nerveux retentit, la respiration secouée d'un être accablé, se répercutant sur les murs antiques, une caverne creusée par les hommes, des pieds, peut-être des lieues sous terre.
Un sanctuaire, une forteresse, où des hommes comme lui s'affairent jour et nuit : Des hommes à la peau de parchemin, aux cheveux de sel, au regard fatigué... Et à l'esprit vif, fertile, enrichi de leurs innombrables lectures, des tomes et des tomes de savoir et de témoignages inestimables, grâce à eux à l'épreuve du temps.
Des tomes comme ceux qu'il transporte, reliures de cuir, pages jaunies, et poids considérable, empilés les uns sur les autres ; autant de concentrés, de distillats d'intellects brillant dont la plume infatigable noircissent le papier, et, ce faisant, la conscience humaine, car les hommes comme lui le savent : Le savoir est autant don que malédiction.
C'est son fardeau, et celui de millions d'hommes à travers le monde, de milliers rien que dans cette citadelle de la connaissance : Apprendre, recenser, stocker, protéger le savoir comme ce qu'il est : Un trésor. A des travers des portes blindées, des murs éternels, entre les mains d'hommes dévoués, moines dans le cloître des mots, ermites à ce monde mais rois dans celui des pensées. Amis dévoués des philosophes et des historiens, et, dans une certaine mesure, de tout homme ayant jamais connu le plaisir de l'encre et de la plume d'oie, suivants éternels des scientifiques et hommes de lettres, qui même six pieds sous terre continuent de prodiguer au monde leur savoir, une petite goutte d'espoir dans le fluide épais et noirâtre de l'ignorance.
Son front se perle de sueur tandis qu'il accélère la cadence, répétant dans son esprit les mots clés de sa mission, une quête simple mais indispensable qu'il réitère chaque jour : Transporter la connaissance d'un point A à un point B. Des archives jusqu'au bureau des scribes, des bureaux des scribes jusqu'aux entrepôts, emportant avec lui traductions et textes les cherchant, copies et originaux, part intégrante de la mécanique complexe d'une industrie à but non lucratif et purement altruiste, machine gigantesque, terrifiante pour qui ne la connaît pas, un agencement de milliers de rouages dont il n'est qu'un petit engrenage, une part insignifiante mais indispensable.

De son pied il toque à une porte, essoufflé, haletant. La poignée se tourne, il peut entrer.
Bureau des Scribes. Une antichambre gigantesque, la taille d'un hall de gare, gravé, enfoncé dans la terre, cachée en son sein.
Des étages et des étages entiers de bureaux, de scribouillards affairés, les plumes dansantes et les papiers assoiffés buvant l'encre, les mots, la science à transmettre et à retranscrire.
Ici, des dizaines d'hommes rentrent chaque minute par une multitude de portes, transportant leur lot de savoir, autant de fardeaux égaux au sien, voir plus lourds encore pour ceux que la nature a doté de plus de force.
Des centaines de personnes se pressent et se bousculent, transportant des onces entières de papier, de parchemins roulés et de tomes massifs.
Le bruit des pas et des feuilles grattées jouant une musique de fond tandis que les cris et appels des scribes résonnent sur les parois, chantant la mélodie discordante des lieux effervescents. Une bande de gremlins passent devant lui, le dos chargés de dictionnaires plus gros qu'eux, suivant un gobelin engoncé dans un grand manteau rouge sombre, jetant de petits regards rapides aux bureaux à côté de lui, et pressant les traînards.
Un minotaure le pousse légèrement sur le côté, portant une bonne vingtaine d'ouvrages colossaux, des bibles entières.
« Qui a demandé l'intégrale des recueils sur les plantes des forêts du Nord-Ouest de la Tharonie ? » Beugle t-il à l'assistance assourdie par le vacarme. Une main se lève dans le chaos.
Certains petits bureaux sont calmes, dans la forteresse des archivistes, mais pas celui-ci. Il est le plus grand, le plus gros, le plus important centre de réécriture et de traduction de toute la forteresse.
Ses genoux grincent et ses jambes fléchissent, il soupire, exténué, et tourne légèrement la tête... Et sursaute, en manquant de renverser son chargement. A côté de lui, là où quelques secondes plus tôt n'était que le bruit incessant de la foule, se tient à présent une silhouette brune, rectangulaire, le dépassant d'au moins cinq têtes, penché au-dessus de lui dans un regard froid et terrifiant, un visage de bronze exprimant une forme de surprise par les trois énormes trous lui faisant office d'yeux et de bouche. Un cultiste d'Auth, l'organisation religieuse avec laquelle s'est associée la Guilde des Archivistes, garant depuis des millénaires de la conservation des archives de la ville et de ses connaissances, un culte dédié à la réunion et à la conservation de toutes les connaissances de l'univers, et ce bien avant que l'idée même de la guilde ne viennent à l'esprit de ses fondateurs, où à celles de leurs prédécesseurs, ou de leurs prédécesseurs... Une organisation millénaire. Et terriblement angoissante.
« Bonjour, frère. » Souffle l'archiviste, reprenant ses esprits. « Scribe Thalenos Mc Carnett. Vous sauriez où se trouve l'archiviste Moxglaz? »
Son regard mort toujours fixé dans ses yeux au bord de la terreur, le cultiste de 2 mètres lève brutalement son doigt dans une direction qu'il ne semble même pas voir, muré dans son vœu de mutisme.
« Merci, frère ! Et bonne journée ! » Le remerciant d'un hochement du chef, Thalenos fonce dans la direction indiquée, criant le nom de son client et confrère.

« Comment ça t'as perdu le début de Kholvaar? » Hurle le gobelin, contremaître des quartiers de traduction, haut-scribe et gérant des traductions en ancien nain, spécialisé dans le dialecte Thariff, affublé de la grande toge des experts traducteurs, dont le pourpre se confond avec le rouge de ses joues normalement vertes, et la couleur des veines injectant ses yeux de sang.
Devant le goblinoïde écumant, plus brûlant et souffletant qu'une machine à vapeur, se tient un petit nain au visage apeuré, la tête si renfoncée dans les épaules qu'on le croirait capable de se cacher dans sa bedaine, l'original dudit Kholvaar brandi devant lui en guise de bouclier face à la fureur du contremaître.
« Je-je sais pas, un des gremlins a dû l'emporter par hasard... Je... J'avais le parchemin juste là... J'ai... » Bredouille t-il les yeux luisants de larmes effrayées.
« T'as encore traduit sur des feuilles volantes, espèce de sombre crétin ! » Vocifère le gobelin, dont les cris se rapprochent de plus en plus de la barrière des ultrasons.
« Oui... »
Un hurlement retentit dans l'antre des scribes.
« On est la guilde des Archivistes ! Des Archivistes ! On est sensés répertorier, classer et tout mettre en ordre et regarde-moi ce chantier! » S'égosille t-il en pointant au hasard les bureaux, les étagères, les bibliothèques, les parchemins couvrant le sol et les taches d'encre. «Par Yjaliss, je les retient à la direction avec leurs idées de stukzovs... Engager des gremlins, des gremlins ! C'est pas un laboratoire gobelin, ici, on fait des traductions ! »
« Pardon chef... » Sanglote le nain.
« Arrête de t'excuser et mets la main sur ce parchemin ! » Se retournant, il darde son regard furieux vers un orc à moitié somnolent. « Jun'Roh ! Faut pas faire des heures supplémentaires si tu tiens pas le rythme ! » Un doigt tordu, vert et poilu se dresse vers un elfe. « Touche pas à ça ! L'encre est fraîche ! Faut tout faire soi-même ici... Et elle est où cette cargaison de bouquins ? »
« Contremaître Moxglaz ! » Résonne une voix dans les couloirs bouchés du bureau.
« Vulur Limantor... Il est là. » Soupire le gobelin, son visage s'illuminant, la paix gagnant enfin son âme tumultueuse, telle l'eau paisible d'une pluie diluvienne, calmant la fureur d'un brasier forestier, un répit... « Mais qu'est-ce qui t'as pris tout ce temps, empaffé ? » … De courte durée.

Telle est la guilde des Archivistes. Un lieu de connaissance, et surtout : De sérénité. Enfin, par endroits.


Une lame d'acier frappe un bouclier d'airain.
Pliant la jambe et se propulsant en arrière, se dégageant de son assaut échoué, l'homme s'éloigne de la lance aiguë de son adversaire.
Choquant ses lames, épées à simple tranchant, il ramasse son corps en une boule de nerfs et de muscles, comme une panthère née de froid et de sang. Son regard bleuté transperce la défense de l'ennemi, mais n'y voit pourtant aucune faille : Un mur, une véritable égide de bronze se tient entre lui et le corps mortel de son ennemi, un corps de chair et de sang. Un sang froid désarçonnant, et une chair d'acier, nourrie de combat et de tactique.
L'armure complète du guerrier ne semble même pas le ralentir, il se meut sans la moindre difficulté malgré son poids conséquent, parvient depuis des heures maintenant à le tenir en échec, bloquant chacun de ses coups et parvenant un nombre incalculable de fois à briser sa défense, tantôt par des coups de pieds le cueillant au ventre et à la cuisse, tantôt par des estocs fulgurants le forçant à abandonner sa garde pour éviter une mort subite et atroce.
Le plus déconcertant reste son regard : Inexistant.
Ses yeux ne sont pas simplement masqués par son heaume de bronze, ils semblent ne pas exister.
Il ne sent pas sur lui le regard qu'a tout guerrier, cette inspection minutieuse de l'adversaire et de la posture, cette capacité presque surnaturelle à deviner le prochain mouvement, le prochain faux pas, à sentir la peur, la défaillance de son ennemi dans sa posture et dans ses gestes, dans ses nerfs et ses veines gonflées.
Il ne le sent pas. Il se sait épié, mais ne se sent pas épié.
Et pourtant il y a de quoi. Il y a de quoi observer cet animal, cette bête de guerre sous toutes ses coutures, ce produit de pure animosité, de férocité, cet être uniquement forgé par le combat, négligeant sa vie au point de laisser apparent son torse et ses membres, ne protégeant que ses articulations de fins morceaux de cuir. Un guerrier sauvage et violent, brutal, primal.
Un Bjarnrekker, descendant spirituel des tribus carniennes du nord, ces hommes dont la colère étaient devenue l'arme maîtresse, fonçant, beuglant tels des démons, chargeant l'ennemi au mépris des lances et des tirs, tailladant et déchirant, écrasant leur opposant sous le poids gargantuesque de leur haine et de leurs muscles, allant jusqu'à mordre et griffer lorsque tout arme leur était enlevée, capables de se battre avec un casque, un bouclier, n'importe quoi qui puisse fracasser un crâne, briser un os.
Il y a de quoi l'observer, ce guerrier rageur, ce visage teigneux, ce regard ayant de la glace la couleur et la froideur, ces muscles saillants et massifs, ruisselants de sueur, les cheveux longs comme la barbe, ogre du champ de bataille.
Ses lames, épées à simple tranchants, sabres simples et efficaces, décrivent quelques moulinets en fendant l'air... Il prépare sa prochaine charge.

Ses muscles contractés se détendent brutalement, il bondit en avant, fusant telle une flèche, prêt à bondir, prêt à mordre, prêt à frapper et à tuer. Ce coup sera le bon, ce coup sera le dernier !
Pour la première fois depuis des siècles, quelqu'un allait abattre un membre de la Phalange d'Airain, la garde d'élite de la ville.
Il l'écraserait sous le coup de sa fureur.
Son cœur se met à pomper, plus fort que jamais, un flot de sang brutal et inexorable coule dans ses veines, un véritable torrent durcissant chacun de ses muscles. Ses yeux exorbités lancent des éclairs de rage, sa bouche s'ouvrant en gueule dévorante, hurlant un cri de guerre déchirant, ses pieds ne s'appuyant plus, mais frappant le sol, le martelant sans pitié, un avant-goût terrifiant de ce qui attend le guerrier de la phalange.
Celui-ci se redresse, et, dans un mouvement brusque, replace son bouclier devant lui, un mouvement bref mais dont la puissance chasse l'air autour de lui dans une explosion sonore, sa lance fendant le vent dans un cri déchirant alors qu'il se met en position, prêt pour la contre-attaque.
Les guerriers sont proches, plus proches que jamais, le dernier coup va être asséné.
Quelqu'un mourra sur le sable dans quelques secondes.
S'écrasant sur le bouclier du phalangiste, il esquive la javeline aiguë, et déchaîne sa fureur sur le combattant : Une tempête d'acier trempé, un déluge de coups, une pluie de frappes sans répit, s'abattant sur le bouclier comme autant de raz-de-marée s'écrasant sur la digue d'une cité terrifiée. La vague progresse, la vague avance, la mort se profile tandis que la digue recule, tressaillit. Les cris de l'airain violenté résonnent aux oreilles du guerrier enragé, l'écume dégoulinant de sa gueule béante. Taille, taille, estoc et taille, sous tous les angles et à toutes les vitesses... Mais d'une intensité commune, égale : La plus forte. Une puissance dévastatrice, relâchée en un orage, la foudre s'abattant à chaque seconde sur l'aegis du guerrier dont les pas en arrière s'accumulent.
La voilà la faille : La Phalange recule.

Dans un mouvement brusque, le sauvage change de trajectoire, bondissant sur le côté dans l'angle mort du bouclier, un mouvement inattendu stupéfiant l'assemblée réunie pour observer le combat, un mouvement de traqueur aguerri, rompu à la chasse... La chasse à l'homme.
Un sourire vicieux et triomphant illumine son visage tandis qu'il repère une ouverture béante à l'aisselle, un endroit protégé uniquement par une cotte de mailles qu'il lui sera aisé de percer avec ses lames, tant rasoirs acérés que dards effilés.
Un autre bond, le dernier, il fuse, javelot de chair et de fer, vers la faille mortelle, guidé par l'odeur du sang et de la victoire...

Une fraction de seconde, un instant imperceptible de brièveté, il prend conscience de son erreur, alors que, pour la première fois, il aperçoit la lueur du phalangiste dans la fente du heaume. Un éclair de flammes, un éclair de chaos et de mort, une malédiction, un présage funeste.
Il a agit trop vite.
Sa course s'arrête brutalement quand un bouclier le cueille en le jetant dans les airs... Pour le rattraper, l'écrasant sur le sol sous sa masse de bronze implacable dans le bruit terrifiant des os brisés et de l'airain sonnant.
Les dents et le sang répandu au sol, le crâne fêlé et plusieurs os brisés, les côtes comprises, le bjarnrekker contemple la stature colossale du phalangiste se dresser au-dessus de lui.
Quel imbécile il a fait. Cet homme est un géant, engoncé dans une armure impénétrable d'un bronze qu'il n'est même pas parvenu à rayer.
David contre Goliath, un combat qu'il n'aura pas. Il ferme les yeux, acceptant sa sentence.
La javeline se lève...
Et se plante dans le sol, frôlant son cou sans lui arracher une once de peau.

Le combat est terminé.


Des sandales cuivrées font résonner l'écho de pas apaisés sur les pavés somptueux. Une toge jaune et orange danse dans les rayons du soleil qu'elle imite. Le masque d'or, couronné d'éclairs céleste, trônant sur le crâne de l'homme souligne ses traits ancestraux et sages.
Il lève ses mains couvertes de rides et de promesses, son visage se gorge des offrandes de l'astre béni, et, sur la place du grand temple solaire, demeure de la relique astrale, berceau du culte le plus ancien de Lomoyis, se forment les rangs des adeptes, cerclant leur guide spirituel pour ensemble vénérer leur dieu immortel dans une chorégraphie immobile et sonore.
Devant l'impeccable Ziggourat, édifice luisant d'une lumière éternelle, hommage à la grandeur céleste, gigantesque merveille plus grande qu'une citadelle, s'élevant à des centaines de mètres, couvertes de gravures immaculées et de bannières chamarrées, s'étend un parterre d'esprits féconds que l'amour de la vie a réuni dans l'édifice le plus saint de la ville.
Un murmure, un hommage sourd et séculaire s'élève d'une bouche mi-close, se répercutant sur les murs du monde dans un écho sacré... Elle ne dépasse pas quelques mètres, elle s'élève si faiblement que même les feuilles des arbres ne peuvent l'entendre.
Mais un chuchotement, deux, trois viennent se rajouter, ensemble ils s'élèvent, ensemble ils s'intensifient, jusqu'à ce que la plainte devienne chant, et quand le cercle entier l'entend, c'est un concert de musique abstraite qui s'amorce, un concerto d'instrument à cordes vocales, jouant ensemble la mélodie parfaite des jours bénis les plaintes millénaires d'hommes souhaitant le bonheur pour chaque être que voit le soleil, leur sublime monarque.
Une ode contre la nuit, contre les ombres et le mal, une ode de flammes purificatrices et bienveillantes.
Les oiseaux ont entendu le signal, ils en comprennent le sens et connaissent leur mission. Ensemble, dans un effort, un vent univers de battement d'ailes, un coup de plumes commun, ils s'envolent vers les cieux. Dansant avec le vent, ils tournent autour d'eux-mêmes, formant une spirale céleste, un cyclone dont l'oeil est un astre éclatant, leurs chants de plumes s'associant à celui hommes de foi.
La tempête elle-même suit le mouvement, et, secouant les arbres, les fait jouer à l'unisson. Filles de la lumière, leurs feuilles jouent la sérénade sacrée de la Ziggourat, rendant à leur tour hommage à celui qui leur a donné vie.
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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Jeu 30 Juin - 4:49

Je me demande à quoi ressemble Sol'Tharon... un truc du genre Minas Tirith ?
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Saad
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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Jeu 30 Juin - 14:24

Ca tombe bien, c'était la prochaine sur la liste !

J'ai pile la bonne musique pour me donner de l'inspiration.
Maintenant, il faut juste que je prenne un peu d'air frais.

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- Merci à Loleyke pour cette signature qui déchire.
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Saad
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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Lun 4 Juil - 19:48

Une Matinée à Sol'Tharon


Il est encore tôt, et pourtant le soleil s'infiltre entre les trous du tissu effilé, les rideaux bleu pâles n'offrant pas la moindre résistance à l'intimidant monarque, encore bredouillant, hésitant. Un astre à la torpeur communicative, sortant du sommeil dans l'apathie la plus totale tout ceux dont elle croise les paupières encore closes.
Au dehors, le ciel se teinte de couleurs azurées, mêlées, en un point distant, de lilas et d'orange, d'onagre et de coquelicots.
Sa rayonnante grâce révèle les bâtiments de marbre de la ville à peine réveillée, les canaux multiples, les pavés finement taillés, les petits ruisseaux frémissant au pas des maisons, enjambés par de minuscules ponts, passerelles arquées et robustes, qui tous les jours voient se presser sur leur dos de planches et de pierre ciselée les pas affairés des habitants.
Dans ces rues somptueuses s'étendent les arbres, majestueux, tantôt fins, tantôt imposants, le ramage de vert et de verre coloré, des cerisiers et des autonhols, ceux dont les fleurs ne fanent jamais, bouleaux, oliviers, tous comme immobilisés, paralysés dans un rituel matinal, un étirement éternel, déployant leurs branches comme des oiseaux végétaux prêts à prendre leur envol, prenant racine dans les rues, imitant les pavés et les maisons. Ils trouvent leur liberté dans ce printemps éternel.

Dans un grenier piteux, la grande lucarne servant d'unique fenêtre, des articulations craquent sur un matelas défoncé. De vieux os rouillés et effrités. Une main ridée passe sur des yeux endormis, arrachant un gémissement assoupi à l'homme aux cheveux blancs, le crâne dégarni.
Son bras tombe sur le côté du lit. Un petit sourire étire son visage béni par les âges, ses yeux verts contemplent quelques secondes le vide que propose son esprit encore inapte à toute réflexion.
Ne pouvant réfléchir, son cœur s'en remet aux automatismes, il se lève donc, enfile des braies salies et une tunique verte olive, puis passe un tablier. Enfonçant une casquette sur son crâne, il met bottes aux pieds et gants aux mains.
Saisissant un balais dans un coin de son appartement de fortune, le vieil homme ouvre une trappe et descend une petite échelle le menant dans les habitations des nantis.
A pas de loups, plus silencieux qu'un chat, pattes de velours dans des bottes de cuir, il parcourt les couloirs et descend des escaliers, contemplant au passage les vases fleuris ornant les fenêtres, et les tableaux trônant fièrement sur les murs : des formes vaguement humaines, parfois indécises, aux couleurs vives, vivantes. Du surréalisme, de la géométrie abstraite, des arts témoignant de l'esprit de la cité, et qui font part intégrante de sa renommée.
Rien n'est évident, à Sol'Tharon, ni un tableau, ni une personne. Et ce qui semble être un pauvre homme peut en réalité être celui le plus heureux du monde.
Le vieux balayeur ouvre la porte de la bâtisse, la referme délicatement, caressant presque la poignée.
Oui. L'homme le plus heureux du monde.
Les cheveux grisonnants, il fait rouler ses épaules, préparant ses articulations.
Quelques étirements, qui le donnent en spectacle devant les premiers passants, le saluant d'un hochement de tête ou d'un large sourire, auxquels il répond toujours avec la même calme gaieté : une joie silencieuse, muette. Celle d'une parfaite routine.
Empoignant avec douceur son arme face au désordre, le balayeur, les articulations huilées par l'effort, se met à passer les brins de paille sur le sol, tapissé de pétales.
Autour de lui, réveillés par les rayons du soleil, s'ouvrent les fleurs des arbres Dormeurs, s'étirant elles aussi, telles de petites fées, étirant leurs pistils comme de petits bras, ouvrant leurs boucliers végétaux, se révélant au monde dans un concert de couleurs chaudes, agréables.
Bientôt, la ville entière est en fleurs.
Certaines fleurs, fatiguées, se referment sur elles-mêmes, devenant à nouveau de simples bourgeons, tandis que leurs pétales tombent au sol, virevoltant comme des plumes pendant quelques instants, avant de toucher terre.
Une petite bourrasque emporte une nuée de rose, de blanc et d'orange, les faisant danser au-dessus des rues. Dans une de celle-ci, une petite elfe ayant à peine passé son quatrième printemps s'émerveille, les yeux écarquillés. Un petit couinement admiratif s'échappe de sa bouche grande ouverte. Riant, elle se met à chasser les pétales, quelques papillons voletant près d'elle, se rendant d'un jardin à un autre. Le balayeur, le menton appuyé sur son balais, la regarde avec joie.
Il ferme les yeux, respire encore une fois l'air pur et parfumé de la somptueuse Sol'Tharon.
L'homme le plus heureux du monde, c'est lui. Sans aucun doute.

Des sandales dorées se posent sur l'herbe tendre d'un immense sanctuaire. Un jardin, cour gigantesque d'un temple d'arbres et de fleurs.
Autour de lui, paisiblement, s'activent les prêtres, autant hommes de foi que de la nature: botanistes et confesseurs, horticulteurs et prêcheurs, jardiniers de la terre et de l'esprit.
Autour de lui tout s'épanouit. Autour de lui tout est harmonie. Le grand prêtre avance vers l'arbre de vie, où un visage endormi et souriant contemple le monde par ses racines.

Un pan entier de robe émeraude vole au vent, suivant l'oblique dramatique du philosophe, le vert éclatant se mariant avec celui de l'herbe tendre, des épaisses feuilles, des bosquets... Un parc en plein milieu de la ville, un parmi des dizaines, des centaines. L'amoureux de la sagesse pointe un doigt congratulant vers un jeune homme, un haut-elfe jouant avec ses cheveux d'argent, adossé contre le banc de marbre où sont assis ses camarades : humains, elfes noirs et sylvains, ainsi qu'un homme criquet, une petite dizaine d'âmes encore fraîches, affalées dans la pelouse délicate, un petit sanctuaire de nature pure au milieu d'une ville déjà proche d'elle. Ils sont riches, jeunes, beaux, et leur professeur est passionné.
A quelques mètres d'eux coule un large ruisseau, l'endroit parfait pour rafraîchir son corps et son esprit, l'endroit où se rendre donc en cas d'interrogation surprise. Nageant dans l'ondée, quelques oiseaux de fleuves gazouillent amoureusement, attirant l'amour de leur saison, ou de leur vie pour certaines espèces plus romantiques. Les poissons se font discrets au milieu des prédateurs à plumes,  mais de temps en temps, un reflet d'argent, une ombre grise les trahit.
De leurs cachettes de fourrés, des écureuils et de petits rongeurs les admirent, curieux, absorbés par leurs chants harmonieux, grignotant les graines lancées par les habitants, les noix poussant aux branches des arbres... Pour la nature comme pour la civilisation, c'est l'heure du petit déjeuner.
Entre les hautes herbes se profilent les contours carnassiers d'un puissant félin. Habile prédateur, toujours aux aguets, son pelage gris et noir se confond parfaitement avec les ombres du début de la journée... Il frappe sans prévenir, et ne manque jamais sa cible, les griffes telles des rasoirs, les crocs tels des poignards, la poigne de fer, les muscles d'acier. Sa proie, il l'a en vue. Il sent à l'avance chacun de ses mouvements, chacun de ses battements... Il connaît, prévoit chacun de ses gestes. Il ne manquera pas sa cible... Il est tôt, et pourtant la nature verra bientôt le premier crime de la journée. Ramassant ses chairs et sa fourrure, les tendons parés à se détendre, le propulsant telle une flèche, il se prépare à frapper...
Entre les brins de pelouse, un chat errant bondit de fleur en fleur, chassant les papillons sous le regard amusé des apprentis. Ils philosophent sous les oliviers, buvant et mangeant, faisant couler le vin et le cidre, se délectant de viande et de pain, des meilleurs des fruits et des plus succulentes pâtisseries, leurs robes de soie blanche brodées d'or et d'azur les maintiennent dans un cocon protecteur et délicat, doux et agréable. Apprendre n'a jamais été un tel plaisir.
L'heure a beau ne pas être avancée, leur professeur a exigé d'eux qu'ils soient tous présents... Un rituel de début de semaine : quitter son habitude de grasse matinée, et venir prendre le petit déjeuner entouré de collègues, le cadre naturel aidant tant à la digestion et qu'à la réflexion.
Et puis, quoi de mieux que de prendre un repas en discutant philosophie à six heures du matin ?
- « Exactement ! » S'exclame leur précepteur, un homme d'une trentaine d'année, arborant un bouc éclatant de propreté et de cheveux longs et ondulés, le regard vert et pourtant de braise, le feu intense de la connaissance, illuminé par le plaisir de le partager. « Ce qu'explique Zul'avan dans son Traité de la Nature Cosmique, c'est exactement cela : Une expression littérale et physique d'une destinée manifeste, et dite immuable. On rejoint ainsi ? »
- « Les cultes Nains de la première dynastie des mines à propos des runes et des héritages mystiques ? » Propose un jeune humain, lissant d'une main sa courte barbichette, et tenant de l'autre un fromage au jaune délectable, un couteau enfoncé dans la tranche délicate.
- « A nouveau, excellent ! Mais on peut émettre une contre-argumentation. Quelqu'un a une idée ? » Demande t-il en agitant un index devant ses yeux où brillent désormais un éclat malicieux, espiègle.
Quelques secondes du silence lourd qu'accompagnent toujours les questions pièges pèse sur la cohorte de disciples. Des regards sont échangés, des épaules se haussent, des têtes se tournent... Alors que les yeux des apprentis s'écarquillent, ceux du professeur s'éclairent, satisfait de sa question, un petit rire l'agitant.
« J'en conclus donc que mes chers élèves n'ont pas lu l'essai sur la portée physique des puissances métaphysiques. » Ricane t-il en les raillant du regard.
« L'arcane ! » S'exclame l'homme criquet, se levant presque, galvanisé par une vérité soudaine et bondissante, faisant sursauter ses camarades.
« Exact ! » Rit le professeur, émerveillé par la vivacité de ses disciples. « Si tout est arcane, et que l'arcane est imagination, alors le destin lui-même n'est que l'imagination de celui auquel il s'applique. Autrement dit... » Entame le professeur, son air taquin revenu à la charge.
« Rien n'est gravé dans le marbre. » Souffle un elfe noir, pensif.
« Ni dans les étoiles. » Achève t-il en croquant dans une pomme juteuse, qu'il sait fruit de sa propre pensée.
Un petit sourire triste étire son visage, alors que la réalité le rattrape. Il hausse les épaules : Autant faire avec ce qu'on a et cette joie, elle, est réelle.

Il met un genoux à terre, puis un autre, ses mains forment un triangle sur l'herbe délicate.
Il pose son front en son milieu, fermant les yeux. La dame va s'éveiller, comme chaque matin.
Les fleurs vont éclore, et les arbres vont chanter leur mélodie silencieuse... Elle est toujours, et tant qu'elle sera tout vivra. Tout autour de lui demeurera, sacré, intouché, en paix.

Des mains ornées d'or et de pierres claquent dans le vacarme des étals en préparation. La peau tannée, le regard vif et perçant, enveloppé dans une longue tunique de pourpre, un marchand, dont les premiers jours ont apparemment vu les terres du soleil brûlant et des mers de sable, se tient au milieu de l'effervescence encore balbutiante d'un marché s'éveillant. Autour de lui s'affairent sa multitude d'esclaves. Une troupe entière d'hommes torses nus, les muscles brûlant perlés de sueur, la fourrure des minotaures luisant dans les premiers rayons du soleil, des âmes enchaînées et affairées, maintenues dans l'obéissance par le poids de leurs crimes, de leurs dettes, ou tout simplement de leur naissance. Des âmes au prix variable, mais qu'on peut négocier sans trop de problèmes. Si demain l'un d'entre eux faillit il n'aura qu'à le vendre au plus offrant.
Quel que soit le temps que vous passez avec un esclavagiste, quelles que soient ses qualités d'être humain, et cela tout ceux dont les chaînes lestent les pieds le savent : Vous n'êtes qu'un produit. Un objet parmi tant d'autres. Une marchandise utile, polyvalente, pratique parfois, mais une marchandise quoi qu'il arrive. Cependant le marché du maître est aussi fluctuant et animé que celui de l'esclave : Si le votre n'est pas bon, vous n'avez qu'à lui déplaire, s'il l'est priez pour ne jamais lui faillir. Certains parviennent, au gré de leur mésaventures, à trouver en leur propriétaire une personne de confiance, plus employeur qu'exploiteur,une personne qui vous nourrit et vous loge, vous estime autant comme bras laborieux que comme individu à part entière. Ceux-là ne sont pas légions, mais leur fortune n'a rien à envier à celles de leurs collègues moins humains : un homme fonctionne toujours mieux quand il est convenablement nourri, logé et traité. Considérez votre esclave comme un morceau de viande et vous serez un boucher, et il aura, au final, l'utilité pratique d'une escalope. Considérez-le comme un être humain à part entière, et il aura l'intelligence, l'initiative et la détermination d'un être humain.
Le marchand, lui, contemple sa marchandise, la voit bouger, la voit agir. Il contemple son monde se créer sous ses yeux, ce monde sur lequel il règne : Ses quelques étals sur la place du marché.
Le marchand contemple sa marchandise, se demandant combien elle lui coûtera à la fin de la semaine, inspectant chacun de ses mouvements dans un sourire mêlé de satisfaction dominatrice et de contentement purement professionnel : Rien n'est plus délectable que la vision d'une affaire qui marche.
Les épices et les étoffes se déroulent et se déversent autour de lui dans une valse de couleurs et de textures. Du doigt et de l'oeil, il donne les directives, sans prononcer le moindre mot. Sa marchandise est expérimentée, elle sait quoi faire, le manège tourne depuis si longtemps que le rythmer n'a plus de sens : Il se régule de lui-même, avance seul. Une mécanique tournant inlassablement, une machine à mouvement perpétuel, réglée comme une horloge. Parfois, un engrenage sort de son axe, un pivot tourne de travers, mais une simple pression de l'index suffit à la remettre en place. Pour lui, c'est un claquement de doigts, un clappement de mains, un son calme, mais fort, impérieux, l'autorité concentrée dans un déplacement d'air. Bref et sans appel.
Les plumes ornant son turban s'agitent tandis qu'il hoche la tête en direction d'un collègue commerçant, un nain disposant d'une petite dizaine de serviteurs, tous affranchis mais restés fidèles à leur « propriétaire ».
Pensif, un des esclaves jette un long regard à la cohorte de gens apparemment en paix, enviant silencieusement leur harmonie, leur bonheur, lui qui n'a rien, qui n'a jamais rien eu.
Lui qui s'habille chaque jour de haillons, avale un maigre repas sans saveur, lui qui travaille d'une aube à la suivante, jusqu'à ce que ses muscles endoloris ne puissent plus répondre, jusqu'à ce que la brûlure dans sa poitrine ne devienne insupportable, que ses poumons meurtris ne se compriment dans une atroce étreinte, lui qui ne s'arrête que lorsque ses jambes ne supportent plus son poids, sa masse de chair maudite et enchaînée, vendue au plus offrant, que lorsque l'air ne parvient plus à pénétrer sa bouche en flammes et que l'eau a quitté son corps. Alors, le marchand lui offre son répit, maigre salaire d'un travail trop intense. Sol'Tharon la belle, Sol'Tharon la majestueuse, la fleurie, la noble... Pour qui y a les moyens de se la payer. Que les autres restent sur le bas côté ou vendent leur corps, et plus que tout leur libre arbitre.
Il ne voit plus les pétales des fleurs, seulement ses mains rougies
Le claquement de doigts de l'horloger le tire de sa rêverie, il se remet en marche.

Entre les pavés, dans une ruelle sombre, un rat court, fuyant à nerveuses et petites foulées un danger imaginaire, guidé par un instinct primal et impérieux. Le rongeur l'a senti : Il y'a de l'agitation sous ses petites pattes, ses griffes sentent les vibrations, sa queue ondule au rythme de ce qui se trame au-dessous des pavés, l'invisible, ou l'ignoré, par omission, par inadvertance, tout ce que les gens savent sans connaître, la puce mise à leur oreille par ce sentiment de trop parfaite quiétude, de paix bien trop totale.
Une grille aux larges barreaux rouillées défonce presque la façade d'un immeuble, dessinant une petite trappe dans le sol. Un orc au visage balafré discute techniques de dés avec un homme-loup se curant les dents avec ce qui semble être un os de poulet. Le petit visiteur passe inaperçu entre leurs jambes massives, et se faufile entre les deux vigiles, pénétrant dans des ténèbres... Bientôt éclairés de lueurs de torches, de lustres massifs et rudimentaires où dansent des flammes ardentes.
Dans l'immense galerie d'ocre et de pierre aux couleurs d'argile et de lieu interdit aux bonnes gens, un autre marché s'étale, une autre ville se développe, tel un lombric creusant sa longue traînée dans la terre brune et fertile, sous l'herbe verdoyante, le ver des malfrats creuse sa caverne, étale ses marchandises, assoit sa domination.
Entre ici et la surface l'entente est désavouée mais cordiale. Après tout, il faut bien des garde-fous, et dans le genre dépotoir défouloir le lieu se place en excellente position : il sied bien aux ordures.
L'activité est grouillante, un tas d'insectes, de cafards et de cloportes aux allures vaguement humanoïdes se déplacent, crient, gueulent et s'engueulent, se menacent et agitent des lames, des bourses changent de main et dans les dos se fichent des surins.
Dans la foule, un ogre dégoulinant de bave embarque quelques coffres d'étoffes de contrebande, son maître gobelin ricanant et se frottant les mains en écoutant les racontars d'un pirate skaven, près d'eux se bousculent deux truands, un orc à la mine patibulaire choquant l'épaule d'un carnien mal réveillé. Les deux hommes se font face, et se mettent à s'insulter, d'épais postillons jaillissant de la gueule de l'orc, garnie de plusieurs crocs de métal, remplaçant ses dents cassées lors des bagarres de bar, fusillant du regard son « interlocuteur » avec son seul œil encore valide, l'autre étant caché par une pièce de cuir. Le carnien, des tatouages bleus couvrant ses muscles à nus, les veines palpitant sur ses biceps d'acier, le choppe par le colback, et l'approche de son visage écarlate de rage, les hurlements presque bestiaux des deux hommes s'intensifiant avec la virulence de leurs insultes. Au milieu de ce vacarme insupportable avance une cohorte d'êtres minuscules, arqués et emmitouflés dans de petites robes brunes semblables à des serpillières, discutant dans une langue dont même les sonorités transpirent la nervosité, agitant fiévreusement leurs trois paires de bras dans des gestes secs, brefs, et paniqués. Un homme guépard, le visage rieur et bien trop sûr de lui vante à son client, un gigantesque guerrier dans une armure noire, évoquant les nuits glaciales d'un hiver mortel, les bienfaits de ses potions de régénération, élixirs de bataille, et autres joyeusetés que même un escroc de fête foraine n'oserait mettre sur son étal. Cela ne prend pas longtemps avant que sa tête ne s'écrase sur une de ses fioles, le laissant à moitié inconscient, le corps parcouru de spasmes nerveux, le monstre de métal s'éloignant d'un pas terrifiant, ses grèves claquant au sol dans un écho de mort. De-ci de là, encore, des produits en tout genre s'étalent sur le sol : Contrebande, drogues, denrées rares, armes et explosifs, esclaves et créatures exotiques, ici tout a un prix, absolument tout, même une âme comme en témoignent les lames à louer attendant leur contrat dans la taverne improvisée du marché noir : un bar miteux éclairé par des lanternes fébriles, où on sert des plats douteux, composés avec des ingrédients inconnus, au goût discutable et à la comestibilité incertaine, des sortes de ragoûts de rôtis et de bouillon, le tout avec quelques légumes sautés à la vapeur et frits dans la graisse dans la cochon... De quoi rendre malade n'importe qui n'ayant pas l'habitude de dormir dans des duvets en se nourrissant de rations de survie. Ici, les lames se plantent dans les tables et les téméraires se battent au bras de fer, on récupère les profits de ses paris ou on paie ses dettes, et ceux qui ont la bourse vide finissent le ventre tout aussi vidé. Le royaume de la crasse et des crasses, sous le palais des beaux et de la beauté, un mal pour bien se disent les maîtres de la ville. Contenons les ordures dans leur décharge, ils ne penseront pas à remonter. Laissons vivre la ville sous la ville, pour que celle que l'on voit puisse perdurer, belle et inchangée, créant leur paradis sur le dos de l'enfer.
Dans une fosse se battent en duel une meute de chiens et un satyre maniant deux immenses bandes de cuir, pareilles à des ceintures, garnies de pointes de fer, deux fouets rudimentaires, traditionnels, sa fourrure brune et son visage sauvage, fermé, tranchant avec les gueules dégoulinantes des chiens de combat. Des cerbères, une espèce nommée d'après les créatures infernales hantant les racontars des prêtres, des yeux rouges dans un pelage noir, épais et sombre comme le châle de la faucheuse, dissimulant des muscles puissants, qui ne sont plus ceux de prédateurs mais bien de tueurs, une espèce croisée, née pour tuer, créée pour déchiqueter, arracher, dévorer, massacrer, infliger le plus de douleur en un maximum de temps et conclure la torture de crocs par un coup de dents à la jugulaire, déchirant la gorge dans un flot de sang se mariant à merveille avec leurs regards de démons.
Un premier molosse, la gueule écumante et les yeux rougeoyants, braises incandescentes et avides de sang, se jette sur lui tous crocs dehors, fusant tel un javelot vers sa proie... Le cuir siffle, tranchant l'air dans le cri déchirant d'une flèche en plein vol. Avec la vitesse d'une balle, la sangle s'enroule autour de la tête de brique du chien de faïence, les pointes avides s'enfonçant dans sa chair, avec une profondeur suffisante pour stopper sa charge, mais encore trop faible pour traverser la lourde ossature de sa boîte crânienne. Cependant, ce n'est qu'une affaire de secondes : D'un geste sec, le satyre tire brusquement sur la sangle, qui, se refermant, exerce la pression nécessaire aux pointes pour s'enfoncer, et, dans un couinement de douleur, le molosse s'effondre, la cervelle traversée par les pics de fer.
Une première acclamation retentit dans l'assistance, la meute vient de perdre un de ses loups.
Deux nouvelles bêtes se jettent sur l'assassin de leur camarade, propulsé par leurs surpuissants muscles, l'encerclant, tournant autour de leur proie, se rapprochant progressivement, décrivant une ronde prédatrice, intimidante pour qui ne la connaît pas, décrivant un cercle de quelques mètres de rayon... Quatre.
Le satyre fait rouler ses épaules, ses cervicales craquent, ses veines jaillissant de ses muscles huilés, mis en sueur par la chaleur infernale régnant dans la fosse.
Trois mètres. Le satyre lève les bras à l'horizontale, ses poignets tournant faisant décrire une trajectoire circulaire parfaite à ses fouets, hélices de cuir et de métal.
Deux mètres.
La danse s'intensifie, ils sont à portée ! Brandissant ses armes, le satyre valse, tourbillonnant sur lui-même, le cuir et les pointes frappant les chiens, arrachant leur fourrure, déchirant leur peau et traversant leur chair, les meurtrissant d'une centaine de profondes entailles, sillons sanglants et douloureux, la peur et la souffrance les empêchant d'approcher, eux qui se doivent de traverser une barrière sifflante et mortelle, arrachant les chairs, faisant couler le sang, hurlant dans ce qui semble être le rire démoniaque d'un vent en furie. Leur hésitation signe leur perte : Les fouets s'abattent sur leurs crânes, arrachant leurs globes oculaires et défonçant leurs truffes, massacrant leurs gueules et les rendant méconnaissables, deux coups suffisant à les réduire en bouillie sanguinolente où se mêlent échardes d'os et yeux percés, cervelle déchiquetée et morve jaunâtre.
Nouvelle acclamation, le public se lève en une ovation barbare et hurlante, Il ne reste que deux des cerbères...
Une piqûre presque imperceptible vient troubler la concentration du satyre. Machinalement, celui-ci caresse son épaule à peine blessée... Une petite aiguille y est plantée. Triturant le dard de métal, petit capillaire d'acier, il parvient à l'extirper et à l'inspecter... Une goutte de liquide transparent s'en échappe. Ses yeux s'écarquillent, sa vision se troublant. Un acouphène insupportable vient frapper ses oreilles jusque là épargnée par les cris terribles de la foule, qui vont crescendo, retentissant dans son crâne comme un concert de tambour et de trompettes, sa tête étant devenu une caverne gigantesque, un écho terrifiant frappant chacun de ses membres. Ses articulations faiblissent, il titube... Un sifflement retentit, un appeau à chiens. Alors il comprend. Cela devait arriver, un jour ou l'autre... Mais pas comme ça. Pas face à ces démons. Il est condamné... Un combat à mort ; plutôt une exécution.
Les machines de muscles et de poils le chargent, alors que le monde se dérobe sous ses pieds, les couleurs se mêlant entre elles, l'abstraction de son esprit malade créant de nouvelles formes, les grossissant, transformant les chiens en béhémoths, leurs crocs se faisant de plus en plus immenses, comme grossis à la loupe, comme se rapprochant. Une vive douleur le saisit, il ne saurait la localiser ou la décrire, mais elle est insupportable.
Dans la fosse, les restes d'un guerrier trahi sont dévorés et déchiquetés par un duo de créatures carnassières et assoiffées de sang, les tripes se répandant au sol dans une mare écarlate, des intestins s'échappant des flancs déchirés. Une jambe est arrachée, emportant avec elle une partie de l'entrejambe, tandis que le visage est emporté par un féroce coup de crocs, la cervelle exposée à la face des spectateurs riant, hurlant d'excitation ou couinant d'empathie, un globe oculaire délogé de son orbite roulant au sol, uniquement retenue au corps par le nerf optique, une boucherie, un carnage infernal digne des pires tortures. La foule rit. Mais l'homme le plus heureux du monde est sûrement lui, ce satyre, enfin mort, libéré d'une vie de vice et de meurtres, de tuerie et de violence. Il est l'homme le plus heureux du monde, lui qui a expié.

Une main délicate caresse sa joue, deux doigts relèvent son menton. La dame s'est éveillée.
Sa chevelure de fleurs et de plantes, champ de beauté pure, absolue et végétale, souligne harmonieusement les traits angéliques de son visage de déesse, encore partiellement couvert d'un lierre se fondant progressivement dans sa peau de satin. Dans ses yeux de prairie verdoyante se distinguent les forêts, les valses des pétales voletant au vent, le bruissement endormi des feuilles réveillées par le vent. Elle prend sa main, passant la sienne sur son dos, et le relève. Sol'Tharon est sauve, Sol'Tharon est belle. Sol'Tharon vit dans cet arbre, dans cet être.
La dame le dépasse, marchant quelques mètres d'un pas gracieux et libéré, avant de se retourner en lui adressant un éclatant sourire de ses lèvres d'un vert de pomme.
Et elle veut apparemment faire une promenade.
L'homme le plus heureux du monde, c'est sûrement lui. Quelle folie d'aimer la manifestation vivante de la beauté de la nature... Mais quoi de plus humain ? De plus naturel ? Cette perfection inaccessible la regarde et l'invite à marcher à ses côtés. C'est plus qu'il n'en faut à son bonheur. Le vieux prêtre, le dos courbé par le temps, la suit d'un pas mal assuré.
La ville la plus heureuse du monde, c'est bien elle.

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Dernière édition par Saad le Mar 5 Juil - 6:14, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Lun 4 Juil - 21:10

J'adoooooore ce dernier texte, le "monde" qu'il y a, avec des Elfes etc (Sa m'a fait d'ailleurs penser à WOW) Sinon excellent, moi qui est d'habitude pas fan de ces loooooongs texte j'ai adoré! Et puis je ne sais pas pourquoi, mais on sait que c'est toi qui a écrit ce texte! Enfin sa se ressent... Bref en tous cas BRAVO et hâte de voir la suite! :D
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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Lun 4 Juil - 23:46

ça alors, tu as écrit d'énormes pavés cheers study

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Si tu ne peux pas voler,
alors cours.
Si tu ne peux pas courir,
alors marche.
Si tu ne peux pas marcher,
alors rampe,
mais quoi que tu fasses,
tu dois continuer à avancer.

-Martin Luther King.


Juu survivant de l'enfer.
Juu souvent croise le fer.
Juu dans le chaos des esprits.
Juu contre les fous les bandits.
Héros du futur, il fait respecter la loi.
Il est l'héritier des plus grands maîtres chinois.
Il n'a qu'un seul but, il n'a qu'un seul idéal.
Combattre et détruire les Forces du Mal.

Auteur : xfangs                         écrit le : 13/03/2016


you're gonna have a bad time
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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Mar 5 Juil - 1:17


La... la ville la plus heureuse du monde, hein ?

o_o'
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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Mar 5 Juil - 2:07

Héhé, merci de vos réponses les gars !

Ovacium: Ca voudrait dire que j'aurais... Un genre de style ? Aw, trop bien.
C'est... C'est trop cool ! Ca me fait plaisir de l'entendre. Oh, ça fait trop plaisir !

Juuseiki: Ouais, je chôme pas niveau textes... Quand j'en commence un, je le termine pas tant qu'il fait pas minimum 5 pages !

Horo: Haha ! Ben ouais, c'est trop le lolz, attends ! Tu peux payer pour voir des gens mourir ! Des gens qui meurent, Horo ! C'est génial !

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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Mar 5 Juil - 21:34

Ova a raison, on ressent bien que c'est toi ahah!

Sinon j'ai adoré le changement d'ambiance que tu as fait, du paradis fleuri à l'enfer et la crasse, la transition était parfaite, j'ai réussi à m'imaginer ce monde tellement tu l'as bien décris! Chapeau, c'est chouette à lire et ça fait réfléchir. : )


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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Mar 5 Juil - 21:54

Merci Just', mais c'est toi que je devrais féliciter pour ça, c'est toi qui m'a montré DJ Okawari, et sans j'aurai jamais pu décrire pleinement les rues en fleurs. Alors merci, mon grand.

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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Mar 5 Juil - 21:57

Alors là, c'était un plaisir, derien !

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MessageSujet: Re: Les Cités-Etats de la Bande [Recueil de Nouvelles] [En Cours]   Dim 10 Juil - 23:33

Prochainement: Nantris, la Ville de Fer

Qu'entends-je ? Un aperçu de l'ambiance ?
Certes !

Voilà ce que j'écoute en écrivant.

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