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 [Vagabonds à Louer] Episode 10: Le Faucheur.

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Saad
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Localisation : J'aurais bien une idée mais ça va pas te plaire.

MessageSujet: [Vagabonds à Louer] Episode 10: Le Faucheur.   Lun 6 Mar - 14:27

Le vent souffle un murmure de guerre, les feuilles gémissent dans un bruissement terrifié.
La nature s'est tue, cachant sa présence de la Faucheuse, l'attention de cette dernière portée sur le champ de bataille en gestation, aiguisant sa faux dont les sifflement aigus se calquent sur le rythme d'un cœur battant, la cadence accélérant à chaque pas, à chaque mètre rapprochant le boucher de l'abattoir.

L'acier avance, cliquetant et crissant. Le cuir grogne dans un grincement presque bestial tandis que les semelles progressent, courbant l'herbe sous le poids de la bataille, de ce monstre rutilant et assoiffé de sang.  La lame dégainée posée sur l'épaule, le chevalier se tient immobile, droit... Mais pas fier.
Le métal n'a pas d'estime, il n'a pas d'esprit, et lui n'en a plus.
L'arme attend son bras, l'âme attend son combat.

Une tête cornue se tourne vers lui... Sans réfléchir, il ferme le poing, et le dresse dans le ciel...
Ses poumons s'emplissent, son diaphragme explose presque, mais c'est un éclat rugissant qui broie le ciel et projette le vent : un hurlement guerrier, barbare et assourdissant emplit l'air et les bois, frappant les fourrés et terrifiant ses habitants, tournant tous les regards vers lui.

Une troupe de silhouettes bestiales se courbent, le poil hérissé... Il a leur attention. Maintenant, la fuite.
Ses pieds décollent du sol, portant sa masse de métal qui fuse dans les bois, emportant avec elle la vague de muscles et de haine.
Fonçant entre les fourrés, écrasant les branches sous ses puissants pas, le guerrier court, sprinte et slalome entre les arbres... Derrière lui, la horde approche.
Et quelle vitesse, quelle phénoménale célérité ! Eux qui étaient à des dizaines de mètres, les voilà sur ses talons, leurs sabots frappent le sol à un rythme effréné, faisant trembler la terre. Il entend bientôt leurs voix, si on peut qualifier ainsi les borborygmes bestiaux, des grognements férals portés à ses oreille, apportant la terreur d'une mort lente et douloureuse... Avant qu'il ait pu s'en rendre compte, voilà que la distance s'efface, il n'est bientôt plus qu'à un saut de ses poursuivants, mais comment ? Comment ont-ils pu, en un instant lui semblant si court, combler leur retard, le rattraper avec cette promptitude ?
Alors il jette un regard en arrière, en quête de réponse... Et il les trouve : Ce ne sont pas des êtres vivants auxquels il a à faire, non, c'est bien pire.

Des silhouettes de mort, la description même de la terreur, de la violence, de la brutalité.
Plus que des bêtes ce sont des concepts, des idées, des peurs.
Voilà ce à quoi pense le prêcheur lorsqu'il parle du démon, voilà ce pourquoi prient les bonnes gens, voilà pourquoi les hommes meurent, les guerriers trépassent et les royaumes s'effondrent : La colère de la nature.
Des amas de muscles gorgés de sang, ce même sang pompé dans leurs yeux étroits, à peine visibles
dans leurs orbites renfoncés, comme deux lueurs de pure haine et de faim insatiable, de soif de sang, la lumière des flammes de l'enfer au bout du couloir de la mort.
Leur poil fauve, noir et brun, s'emplit de crasse, de boue et de terre, mais aussi d'hémoglobine séchée, de scarifications dantesques, et de vestiges de combats : cicatrices, hématomes, un doigt griffu manquant à la main calleuse et apte à briser les vertèbres d'une simple pression.
Et pourtant quelle agilité, pourtant quelle vitesse ! Leurs jambes sont rendues floues par leur mouvement, leurs sabots touchent à peine le sol qu'ils redécollent, s'approchant de lui... Avançant l'heure de son trépas.

Le temps se ralentit, il pivote sur ses talons, et découvre ses adversaires : Seuls deux satyres ont pu le rattraper, aurait-il une chance ?
Sa main rejoint sa comparse sur le manche de l'épée, il lève ses bras, arme ses épaules, décoche un coup violent qui déchire la peau et projette une giclée de sang et de tripes, le mettant hors de combat et aux portes du trépas.
Un hurlement déchirant s'élève dans les bois, un mugissement caprin auquel se mêle le cri de douleur d'un homme violemment mutilé.
Sans perdre une seconde, Allester se jette en avant, épaule la première, brisant les infâmes dents de la bête et la jetant au sol.
Fou de rage, le deuxième hybride lève son javelot, et l'enfonce... Dans l'air tandis que le chevalier bondit sur le côté, à un mètre à peine de son flanc. Le satyre fait volte-face, trop tard : la lame fuse mord sa chair et fait décoller sa tête qui roule sur le sol dans un geyser de sang pulsé par sa rage maintenant défaite.

Les rugissements s'accumulent derrière lui, il se retourne, cinq autres bêtes approchent.
Une fraction de seconde et son plan est déjà posé, ses adversaires analysés, leurs points faibles décelés : Un lanceur de javelines, une machette, un hachoir, un combattant avec un tranchoir et un dernier armé d'un puissante hache, ses muscles roulant sa peau plus épaisse que le cuir, dépassant ses comparses d'une tête, la sienne ornée d'immenses cornes de bélier, son corps parcouru de marques, de peintures et de cicatrices, son œil à demi-clos par une profonde cicatrice, sa barbe ruisselante d'une bave d'enragé.
Sans même réfléchir, il fonce sur la troupe, les prenant de court tandis qu'ils contemplent, impuissants, le corps sans tête de leur frère de harde tomber à genoux et s'effondrer sur le sol.
En un instant, les voilà déployés. Des hommes boucs aux tactiques de loup : bondissant sur les côtés, dressant un filet meurtrier autour de leur adversaire qu'ils encerclent... Ne reste qu'une petite ouverture, que le chevalier s'empresse de rejoindre, pour éviter le carnage.
Son souffle se coupe : le satyre s'est relevé. La plaie béante dans son ventre le tuera dans quelques minutes, voir quelques dizaines de secondes, mais c'est trop peu pour l'arrêter, la rage de la nature ne connaît aucun répit. La bave et le sang se mêlent dans son ultime cri de rage tandis qu'il abat sa machette sur le combattant, qui dévie difficilement le coup, sa défense brisée par sa surprise.
« Une seconde d'inattention et c'est ta jugulaire qui y passe » Scande son esprit.
Le voilà donc, le véritable piège : faire jouer son assurance pour l'amener dans les bras d'un adversaire qu'il pensait éliminé.
Les coups pleuvent sur sa garde, qui peine à stopper toutes les attaques. Sa protection ne tiendra guère, mais celle de son ennemi est maintenant inexistante...
Mus par de sanguinaires réflexes, Allester esquive un puissant tranchoir, et décolle à son adversaire un violent coup de poing... Dans l'estomac fragilisé, mis à nu par la blessure, qu'il éclate et traverse. Sa main s'ouvre et se referme. Tirant violemment, le guerrier emporte avec lui intestins et foie, les jetant au sol... Le satyre ne s'en relèvera pas, son dernier cri se noie dans le sang.

La férocité de ses adversaires le sauve : un grognement dans son dos. Il se retourne et saute en arrière, esquivant de peu la hache qui lui aurait réservé le même sort qu'à sa précédente victime.
Se remettant difficilement le garde, il constate que le piège est refermé.
Une bête fonce sur lui, profitant de son engagement, dont il doit absolument se retirer. Mais il n'est pas seul ! Voyant sa faiblesse, c'est la meute entière qui se jette sur sa proie. Les satyres chargent... Arrivent à portée.
Un cri de guerre anime son corps, il pivote, tournoie et sa lame suit son mouvement, en un maëlstrom de pur acier.
Il reprend son équilibre : aucun dégât, mais les ennemis se sont éloignés.
Profitant de leur esquive, Allester se retourne, abat sa lame et fend un crâne, jouant d'imprévisibilité.
Mais on ne joue pas à un tel jeu avec des bêtes sauvages. Loin de reculer, les satyres se referment sur lui, à nouveau, et la même technique ne fonctionnera pas deux fois. Qu'importe.
Il fait volte face, charge un animal et l'empale sur sa lame... Tandis qu'un hachoir d'os s'abat sur son épaule.
Un très léger mouvement, calculé à la perfection, place la spalière d'acier dans un angle mathématiquement irréprochable. La lame ripe et glisse sur la protection, frappant très légèrement le casque, sonnant à peine le crâne qu'il protège, et déséquilibrant la bête. Pas le temps de l'abattre, Allester fauche ses jambes, arrache la lame du cadavre et saute par-dessus le corps chutant de son assaillant, puis se remet en place, juste à temps car un nouveau coup vient le frapper. Ses flancs auraient été arrachés... S'il n'avait pas eu sa cotte de maille. A la place, le choc lui provoque une sourde douleur dans les côtes flottantes, mais ne l'empêche pas de contre-attaquer d'un cinglant coup de taille, que le satyre esquive de justesse, lui permettant de s'enfuir, marquer une distance de quelques mètres avec le reste de la troupe, le regard de son meneur passant de cadavre en cadavre, sa respiration s'accélérant... Sa rage grandissant.

Trois autres silhouettes se profilent dans les fourrés... Il en tue deux, et voilà que trois autres reviennent. Mais seul le temps peut gagner à l'usure contre l'acier. La chair, elle, pliera.
Le satyre s'approche dans son dos, parvenant bientôt à une portée optimale pour l'allonge de son arme... Un premier coup, la créature bondit en arrière. Appuyant son assaut, Allester poursuit les attaques, ne laissant aucun répit à son adversaire qui peine à esquiver, sachant pertinemment que son pathétique hachoir d'os ne sera d'aucune protection face à l'écrasante puissance d'une dévastatrice épée à deux mains, portée par une telle masse d'acier et de froide colère.
Un satyre approche, mais doit aussitôt reculer, l'attaque se reportant sur lui, deux frappes, brusques et rapides, le dissuadant d'aller plus avant... Il guettera le moment propice.
Le guerrier se retourne, tandis que son premier adversaire bondit sur lui, brandissant sa hache.
La pointe de l'épée l'accueille à son atterrissage, s'enfonçant dans la chair en la laissant glisser sur le fil de l'épée, découpant la créature dans le sens de la longueur jusqu'à ce que la totalité de ses organes se déverse sur le sol.

L'opportuniste saisit l'instant, brandissant sa machette, tandis que son camarade à la hache s'approche, et que leurs renforts se profilent.
L'humain n'aura pas le temps de récupérer son épée, la victoire est sienne...
Lâchant sa claymore, Allester esquive l'attaque, laissant la lame siffler dans le vent, là où aurait dû se tenir son cou. Ramassé comme une panthère armant son bond, il porte la main au manche du poignard qu'il garde contre sa cuisse.

Le guerrier se redresse, le satyre recule, titube, portant ses mains à sa gorge lacérée... Son dos se courbe violemment, le voilà qui, dans un dernier élan de vie, plonge ses dernières forces dans une ruée d'une violence inexpugnable !
Les poumons de son assassin expulsent leur air, ses côtes hurlent dans une vague de souffrance, son estomac se comprime : les cornes percutent l'abdomen, le décollant du sol. Ciel, cimes et nuages défilent à une vitesse ahurissante devant ses yeux, son vol plané s'achevant en un mugissement de douleur étouffé. Se relevant difficilement, les jambes flageolantes, Allester lève la tête... Et contemple la face vibrante de haine du satyre à la hache, qui la brandit en rugissant.
Ses yeux s'écarquillent : il la brandit. Il va frapper. Il est en train de frapper !
Bondissant en arrière, roulant au sol dans les fracas de l'acier malmené, le chevalier recouvre ses esprits, tâte la main autour de lui... Son épée. Se retournant vers les cadavres de ses derniers adversaires, l'épéiste aperçoit son arme, toujours plantée dans le corps du satyre. Son poignard ?
Sa main refermée atteste de sa présence. Il va devoir se battre contre le meneur armé d'un simple poignard.

Celui-ci charge à nouveau, le guerrier ramasse sa stature, armant ses jambes et préparant son coup.
Il devra faire confiance à ses réflexes : il ne peut se reporter sur aucune science martiale, la bête imprévisible le prendra de court... Et son armure le ralentissant ne lui accordera pas la moindre fraction de seconde d'hésitation.
Les bras se lèvent... Vers où ?
La hache brandie... Où s'abattra t-elle ?

Gauche ! Sur la droite, baissé !
Bondissant en un saut plongé vers sa droite, le combattant esquive de justesse la hache et se relève promptement... Juste à temps pour voir la hache repartir vers lui.
Il se baisse, l'arme revient, il saute en arrière, le fer le poursuit, il bondit sur les côtés, s'essouffle pour échapper à la mort, la terreur saisit son esprit, une pensée l'obnubilant : Il l'épuise, et que faire quand il n'aura plus la vigueur de se défendre ?
Une autre prend sa place : Les renforts approchent. La férocité du duel l'empêche de les situer, de les entendre, mais son instinct lui crie de s'occuper d'eux.
Une nouvelle frayeur chasse les précédente : Que faire s'il est encerclés, s'ils le prennent en tenaille ?
Tenaille...  Kleyï. Elle devait l'aider, venir en renfort ! Où est-elle ?
La hache le frôle, choquant son épaulière... Traversant l'acier, écrasant les mailles, enfonçant les barbillons d'anneaux brisés dans ses chairs tandis que le fer de la lame y avance inexorablement. Seule la puissance du coup le sauve, le jetant à terre et extirpant, de ce fait, la lame de hache qui l'aurait sectionné en deux. Il roule au sol, dans un carcan de douleur et de frayeur, sa chair léchée par la putride langue de la mort, ses os gelés par la givrante poigne de la peur.

Son esprit se vide, ses nerfs se taisent. Les pensées meurent, laissent leur place à un brouillard de haine froide et de résolution guerrière.
Ses mouvements se font fluides, rapides. La terreur l'a réveillé, la souffrance l'a revigoré.
Voletant autour de la hache tel un rapace d'acier, il se rapproche de la bête, réduisant pas à pas son allonge.
La lame fuse, déchire la chair... Son poignard répond aux assauts de la cognée.
De petites lacérations, de minuscules mais douloureuses entailles qui attisent la colère de la bête, incapable de frapper le guerrier si proche de lui... Lui qui réfléchissait déjà peu n'est maintenant plus mu que par haine et peine.

En un instant, la victoire se profile : un rugissement retentit, le satyre va armer son coup.
Tandis que le monstre lève les bras, le chevalier rejette le sien.
Tandis que la bête brandit sa hache, le guerrier plante son poignard.
Tandis qu'il comprend son erreur, la lame s'enfonce dans ses tripes. L'humain l'éventre comme un vulgaire porc, arrachant son couteau de ses entrailles pour l'enfoncer dans sa cage thoracique, son plexus, son abdomen, son thorax, le poignardant sans relâche, chaque seconde apportant une nouvelle plaie sur son corps si longtemps invaincu.

Il tombe au sol, le guerrier se saisit de la hache, attendant de pied ferme les trois derniers satyres, restés en observateur pour laisser à leur meneur la gloire de la victoire, la satisfaction de la vengeance. Et le voilà au sol, perforé, massacré sans la moindre pitié, avec une férocité digne du plus infâme des monstres, sa vie s'achevant en une défaite cuisante.

Les grognements s'accumulent, les poils s'hérissent de plus belle et les babines suintantes des satyres se retroussent, découvrant leurs crocs avides de vengeance.
Un premier se jette sur Allester... Son corps est percuté par le fer de hache, ses côtes enfoncées, sa peau déchiquetée et ses entrailles projetées hors de son torse par l'incommensurable violence de l'impact.
Ballotté comme un fétu de paille, la bête agonisante roule au sol... Ses ongles grattent le sol en quête d'un appui, pourtant ses efforts restent vains. Un dernier crachat, le sang se mêle à la bave, il s'effondre dans une flaque d'hémoglobine.

Se remettant en garde, le monstre attend de pied ferme ses adversaires, qui lui tournent autour dans des frissons mêlés de haine et de peur.

Un javelot fuse vers sa tête, il se baisse, laisse le fer de lance siffler au-dessus de son armet, puis, se redressant, se jette sur la bête coude en avant, l'acier de la protection mordant la gueule du satyre en brisant ses crocs, le jetant au sol... La lame de la cognée rattrape la future victime dans son court vol, un tranchoir écrasant oblitérant sa cage thoracique et le clouant à terre, des giclées de sang, une grêle d'os brisés et de dents cassées. Ses poumons explosés, le satyre expie dans un ultime et douloureux souffle.

Une infime fraction de seconde plus tard, un hachoir fuse vers le guerrier dans un cri de désespoir.
Bondissant en arrière, vers le satyre qui l'attaque, Allester enserre son bras de sa poigne d'acier, de ses gants de cuir, et le tire en avant, frappant son crâne d'un violent coup de tête.

Faisant volte face, l'avant-bras du satyre toujours dans sa main, le pugiliste décoche un uppercut phénoménal dans le coude, qui se fêle, puis un second, qui le brise en un infâme craquement d'os, l'articulation brisée ressortant des chairs meurtries.
Plongé dans un monde de souffrance, la bête ne voit pas le poing fuser vers son crâne, et c'est un véritable météore qui s'y écrase, fêlant son crâne et éclatant presque son œil qui se gorge de sang.
Aveuglé par la douleur et la brutalité du choc, le satyre sent ses tripes se comprimer tandis que le direct du chevalier s'y enfonce. Ce n'est plus un duel, c'est un passage à tabac, et les coups se multiplient, la douleur grandit à chaque frappe... Les mains se referment sur ses tempes, les pouces se lèvent et s'enfoncent dans ses yeux creusant dans la chair et renfonçant les globes oculaires éclatés dans les orbites.
La forêt toute entière tremble sous l'écho des hurlements... Le tueur attrape les cornes, les baisse violemment, une fois, deux fois, sa genouillère accueillant le museau du satyre à chaque attaque, le brisant le crâne déjà fêlé... Jusqu'à ce que les bois se brisent, emportant un morceau de crâne avec eux. Titubant, aux portes de la mort, aveugle et mutilé, le satyre sent son corps tomber à la renverse...
La botte du démon écrase sa cage thoracique, repart, retombe, encore et encore, jusqu'à ce que ses os se brisent, que sa peau se déchire, et que la semelle s'enfonce dans ses poumons. Enfin, la mort lui est accordée.

Machine maculée d'hémoglobine, la bête d'acier récupère sa meurtrière lame.
Alors qu'il la replace sur le baudrier, une lueur de conscience vient rallumer les braises de son esprit, éteint par la tempête de la bataille... Son regard balaie la scène de cauchemar.
L'écarlate remplace l'émeraude sur l'herbe rutilante, les cadavres mutilés jonchent le sol, répandant leurs tripes et cervelles en une scène d’Armageddon, un paysage d'abattoir. Ne reste de la clairière qu'un décor de carnage. Il le voit.

Ils l'avaient mérité. Ces mangeurs d'hommes, ces monstres... Et pourtant, pourtant dans ces petits yeux vicieux et cruels, dans ces lueurs bestiales que ressassent sa mémoire, il croit apercevoir l'étincellement de l'humanité. Les hurlements de souffrance, de rage et de peur retentissent dans son crâne, tanière d'un meurtrier dragon, où les échos des âmes trépassées se répercutent contre les parois de son être. Il les entend.

Le froid silence du guerrier laisse place aux croassements des corbeaux, qui s'accumulent déjà sur les carcasses qui bientôt pourriront dans ce bois idyllique.
Ces mêmes corbeaux qui, il y a des années, festoyaient sur les corps de ses frères d'armes.
Où qu'il aille, il apportera la mort.
La Faucheuse suit ses pas, se cache dans son ombre. Son épée est sa faux, et sa vie le champ qu'elle moissonne.
L'odeur putride des tripes, de la chair et du sang intoxique son esprit. Il la sent.

Ses camarades. Ses frères d'armes. Son associée. Kleyï.
Il la cherche du regard, sa respiration s'accélère.

Fonçant à travers les fourrés, vers le campement, la terreur s'empare de son être...
Les tentes de peaux apparaissent bientôt... Les satyres ne sont plus.
Avançant d'un pas inquiet, son regard se tourne vers la grotte. Accélérant l'allure, son pied s'enfonce dans... Des tripes.
Il baisse le regard, ses yeux s'écarquillent. Il balaie le campement de l'oeil...
Si ce qu'il laissait derrière était une boucherie, cet endroit est le plus pur des enfers.

Ce ne sont plus des cadavres, mais des amas de chair méconnaissables, des monticules de viande dévastée, de peau déchiquetée et de tripes broyées par le fer de hache. Le sang coule en véritable fleuve, des morceaux de cervelle flottant dans l'infect mélange d'hémoglobine et de sucs digestifs... Un gémissement s'élève. L'une des satyres est encore en vie. Pourtant... Pourtant la partie inférieure de son corps, son ventre et ses jambes sont arrachées, ses intestins se répandent au sol et son crâne enfoncé avec la force d'un maillet dégueule son contenu sur le sol.
La puanteur s'accumule, mais elle n'est rien comparée à celle qui émane de la grotte. Une odeur de chair pourrie... Réprimant une violente envie de vomir, le chevalier s'y dirige.

L'écho d'une douloureuse respiration s'élève dans la caverne, suivi du terrifiant écho d'une puissance quinte de toux.
La galerie est courte, Allester se rapproche... Chaque pas renforce la pestilence. S'il avait été croyant, il jurerait avoir pénétré dans l'antre même du Diable, dans le tunnel des enfers.
Le clapotement d'un liquide visqueux s'élève soudain... Il marche dans l'hémoglobine.
La frayeur s'accroît, son ventre se tord avec violence, ses os se gèlent, son sang se glace... Le putride froid l'agresse comme dans un blizzard.
Il se rapproche de la respiration.

Le tunnel laisse place à une étroite grotte, illuminée par une torche jetée à terre. Cette dernière dessine la figure cauchemardesque d'un satyre géant, d'au moins trois mètres, étendu à terre dans une mare de sang... Et la silhouette d'une femme adossée contre la paroi.

« Kleyï ! » Hurle Allester en se ruant vers elle.

Sa course s'arrête à trois mètres d'elle... Son ventre est ouvert par une plaie béante, ses intestins déchiquetés s'en échappent, scellant son sort.
« Allester... » Murmure t-elle, tournant la tête vers lui... Son visage si féral, si sauvage se décompose, ses yeux d'émeraude se troublent. « … Il est mort. »

« Non... » Estomaqué, titubant, l'homme s'approche, s'effondre à genoux auprès de sa camarade. « Qu'est-ce... » Sa voix meure dans sa gorge serrée, les mots arrachés de sa conscience effondrée. « Qui ? »

« Le gosse... » Commence t-elle dans un souffle, avant de se tordre dans un gémissement de douleur.
Cherchant une échappatoire à cette vision d'horreur, Allester tourne la tête... Et découvre la source de la pestilence : un charnier, un monticule de cadavre à moitié dévorés. Ses yeux écarquillés découvre le garde-manger des satyres, annihilant leurs espoirs.

« Ils l'ont dévoré, Allester. Ils l'ont bouffé dès qu'ils l'ont capturé. On est venus sauver un mort. »
Et pourtant quelle évidence ? Les satyres ne font pas de prisonniers, seulement des repas.
Quelle absurdité, quelle ignorance. Mourir pour une cause si désespérée, expier sans aucun sens. Quelle triste ironie : plutôt que de sauver un condamné des griffes de la mort, voilà qu'ils lui offrent une nouvelle âme.
Dans son ombre, la faucheuse ricane dans un éclat sardonique. « Merci Allester. » Lui souffle t-elle.
Un autre cadavre pour le bûcher de son âme.

Non, il ne la laissera pas brûler. Il refuse de la voir mourir, il ne peut s'y résoudre. Alors qu'il se lève, la main de la guerrière se referme sur son poignet.
« Me laisse pas comme ça... » Balbutia t-elle, une perle de sang coulant le long de son menton.
« Je vais revenir, je te le promets. » Répondit-il d'une voix tremblante de peur, arrachant son armet pour la regarder dans les yeux, ses mains sur ses joues. « Tiens le coup Kleyï, je vais chercher de l'aide. Je te jure que je vais trouver quelqu'un et... »
« Regarde-moi, bon sang... » Souffle t-elle, paupières closes par la douleur. « Tu veux bien me tuer ? »

La guerrière se sent partir. Cela fait quelques temps déjà que les extrémités de ses membres lui semblent ne plus exister, à supposer que la notion de temps ait encore court aux portes de la mort. La souffrance détraque les aiguilles de l'horloge, avançant inexorablement l'heure de son trépas. Elle le sait.
Mourir au combat est tout ce qu'elle avait toujours demandé, ce à quoi l'avait préparée l'enseignement de ses pairs, des druides, de ces combattants qu'elle admirait depuis sa plus tendre enfance.

L'histoire de sa vie allait bientôt s'achever, la dernière page approchait. L'augure de la conclusion projette des nuages noirs sur sa conscience. La troisième moire ouvre ses ciseaux.
Elle rouvre les paupières, plonge son regard au vert s'assombrissant dans ceux du chevalier. Elle n'y avait jamais faite attention, mais l'un d'entre eux semblent partir de travers, une profonde cicatrice le balafrant... Son visage est couvert par tant de blessures, tant de sillons parcourent sa chair et son esprit, qu'elle aperçoit à travers ses yeux saisis de frayeur.

« Achève-moi. » Insiste t-elle.
« Non, je peux pas faire ça... » Répond-il, suffoquant... Sa toux le reprend, il sent ses poumons se gorger de fiel...
« Allester, j'ai mal... J'ai tellement mal. Je suis foutue, alors... » Une nouvelle onde de souffrance la secoue, lui arrachant un cri déchirant « Accorde-moi de crever rapidement ! » Tempête t-elle.
« Tout est de ma faute. Pardonne-moi. » Souffle le chevalier, bredouillant, ses yeux s'embuant derrière ses paupières closes.
« Arrête de te morfondre et bute-moi, bordel ! » Hurle t-elle dans un accès de rage...
Un poignard s'enfonce violemment dans sa tempe, perçant son cerveau, la tuant sur le coup, figeant son visage dans cette ultime expression de douleur et de colère.

Rouvrant les yeux, Allester la dévisage.
Dans ses derniers instants, le dernier sentiment qu'elle ait jamais eu, fut celui de la haine. Contre lui.
Contre son arrogance et sa stupidité. Ils auraient pu s'en sortir tous les deux, s'il l'avait écouté.
Il aurait pu la protéger, elle aurait pu survivre.
Il l'a condamnée, et lui a porté le coup de grâce. « Assassin », « Imbécile », « Meurtrier », « Boucher », un millier d'insultes que scande son esprit malade.
« Pardonne-moi... » Murmure t-il difficilement... Tandis qu'une violente quinte de toux le saisit.
Ses poumons hurlent leur insoutenable souffrance, le mal rampant reprend ses racines dans ses chairs meurtries... Et l'odeur, la putride odeur de la mort et de la chair pourrie emplit ses narines, se répand dans son cerveau et empoisonne son âme.
Le fiel, le pus recraché par sa gueule se mêle au sang, tant versé en ce jour maudit.
Courbé par la maladie, vaincu par la peste qui le ronge, son estomac se contracte, se comprime, une douleur vive, vicieuse, diabolique s'enfonce dans ses entrailles comme la lame d'un poignard, lui arrachant un hurlement de douleur, noyé dans son sanglant vomissement.
Le mucus l'intoxique, l'empêche de respirer. Oh, qu'il aimerait que cette toux l'emporte.
Qu'enfin ses poumons se bloquent, qu'il ne retrouve plus jamais son souffle. Qu'il s'étouffe, qu'il s'étrangle. Enfin il pourrait interrompre ce mal, ce voyage sans but et sans fin.

Les jambes branlantes, titubant, le vagabond se relève et reprend son errance, le corps secoué par la quinte de toux qui ne cesse de s'amplifier, frissonnant sous l'hiver gelant à nouveau son être. Le dos courbé, les bras ballants, toussant, crachant. Il avale une dose de son remède, qui le protège des symptômes... Mais la plaie, elle, demeure. Plus béante que jamais.

Le revoilà seul.

_________________

- Merci à Loleyke pour cette signature qui déchire.


Dernière édition par Saad le Mar 7 Mar - 7:37, édité 1 fois
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Moriarty
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 10: Le Faucheur.   Lun 6 Mar - 20:39

Pfioouuuu, fils de... De pastèque va! Moi qui pensais avoir vu à travers la structure narrative de ton truc, je me suis fait niquer
Excellent épisode, les descriptions de combat sont à la fois dynamiques et claires, le ton et l'ambiance y sont parfaitement

Le seul passage qui l'a pas fait pour moi, c'est le paragraphe qui commence à "T'es blessé?". Ca sonnait à la fois très convenu et très artificiel, ça m'a brisé très fort la séquence émotion (après ça s'est remis, mais voilà)

Excellent épisode en tout cas! Comme d'hab, hâte de voir la suite
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Saad
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 10: Le Faucheur.   Lun 6 Mar - 20:54

Pas de répit et aucune pitié.

C'est vrai que j'aurais pu enlever ce passage, il n'apporte pas grand chose...
En tous cas, franchement heureux que ça t'ait plu, et d'avoir pu déjouer tes prévisions !
Encore merci pour ton aide, ça fait super plaisir.

Et la suite devrait arriver, mais je vais d'abord prendre une pause avec les vagabonds et développer le lore. Et puis il faut aussi que je développe le scénario, j'ai une structure prête, mais je dois encore la peaufiner.

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Justbazz
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 10: Le Faucheur.   Mar 7 Mar - 4:46

C'était horrible... J'imagine pas à quel point ça doit être dur d'écrire ça.
Ceci dit, très bon épisode, aucune pitié dans les descriptions, aucune pitié dans le scénario, aucune pitié pour Allester, on va de mauvaise surprise en mauvaise surprise, c'est... formidable!
Je rejoins Mori pour le "T'es blessé?", ça a vraiment tout cassé pendant quelques secondes mais l'émotion est revenue par après.

Hâte de lire la suite : )

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Saad
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 10: Le Faucheur.   Mar 7 Mar - 7:33

Franchement ? La scène de la grotte a été dure. Pas à écrire, je l'ai faite sans problème, mais j'avais le coeur serré et je tirais la même gueule que si on m'enfonçait des aiguilles dans le ventre

Je vais corriger ce passage, ça semble nuire énormément.

En tous cas je suis franchement satisfait du résultat. Pas heureux, parce qu'Allester se retrouve plus bas que terre et que Kleyï est morte, mais si j'ai pu provoquer des sentiments forts c'est que j'ai atteint mon but.

Merci beaucoup pour vos retours, c'est vraiment ce qui me pousse à continuer et voir que vous aimez est la plus belle récompense qu'on puisse me faire.

On se dit à la prochaine pour un nouveau voyage sur le feels train !

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[Vagabonds à Louer] Episode 10: Le Faucheur.
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