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 De Fer - Partie V (Fin)

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Moriarty
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MessageSujet: De Fer - Partie V (Fin)   Sam 11 Fév - 10:43

Ouf, fini! Si on devait résumer en deux mots ce que j'éprouve actuellement, ça ressemblerait sûrement à ça. Mais ça a quand même été une expérience tout à fait nouvelle, formatrice, et très agréable. Ce chapitre était le plus compliqué à écrire, pour différentes raisons, mais je suis content du résultat, et j'espère que vous le serez également.
Si j'ai la foi, et si ça vous intéresse, je ferai peut-être un petit truc dans les Discussions d'écrivain où je mettrai quelques détails sur le processus et les procédés que j'ai employés pour De Fer, ça pourrait être sympa


Chapitre V :

A tous les égards, et si tant est qu’il eût été en mesure d’en juger, le reste de l’après-midi tint de la perfection. Il passa un long moment assis à côté de Christine, au bord de l’eau. L’étang cristallisait en sa surface les nuances vertes et mordorées de son fond, chaque vaguelette décomposant ces formes, en recréant de différentes après son passage. Ni l’un ni l’autre ne parlaient, mais Christine semblait partager sa sérénité, et ne semblait pas avoir besoin de mot pour tisser à nouveau ce que les années et la tristesse avaient déchiré entre eux. Le ciel était zébré de nuages effilés, laissant filtrer les rayons du soleil, qui chauffaient doucement ses mains et son cou. Il resta plusieurs heures à observer chaque brin d’herbe, chaque pétale virevoltant devant lui comme une fée rose, pour finalement poursuivre sa course en flottant à la surface de l’eau. Christine, dont l’inquiétude avait succédé à l’apaisement, s’était endormie à côté de lui. Sa poitrine se soulevait régulièrement, mais marquait à chaque inspiration un infime changement : le tissu de son haut se dépliait selon un autre angle, le creux dans son ventre se résorbait un peu plus, ou bien ses doigts se dépliaient très légèrement sous l’effet de la contraction. Ce n’est que lorsque son téléphone vibra qu’elle sortit de son sommeil, et se tourna vers lui avec un air vaguement inquiet. Le ton de sa voix supposait une dernière appréhension, une interrogation finale.

« Je vais devoir rejoindre Victor. On se voit demain sur le campus ?
-Bien sûr. » Lui répondit-il en souriant sincèrement. Il se rappelait de l’amertume qu’il laissait toujours involontairement transparaître auparavant, à la seule mention d’un des compagnons de Christine. Avec le temps, il avait remarqué qu’elle était parvenue à ne plus y prêter attention. Mais cette fois-ci, elle aurait relevé la moindre expression le trahissant, s’il y en avait eu. Elle lui rendit son sourire, et se leva. Elle partir en esquissant un salut discret, mais chargé de douceur. Repensant à Victor, il se fit la réflexion qu’il avait hâte de le revoir. Le peu de souvenirs qu’il possédait étaient chargés d’une rage sourde, qui distordait chaque mot et chaque image. Il était impatient de le voir enfin pour ce qu’il était, de retrouver une à une les qualités que Christine avait vues en lui. Il demeura dans le parc jusqu’à-ce que le soleil se couche, et infuse le ciel de langues de flammes. Du coin de l’œil, il aperçut une cascade de cheveux blonds s’asseoir à côté de lui.

« Dis-donc, le surhomme, tu bouges pas beaucoup plus qu’avant.
-Pas pour les mêmes raisons, je crois.
-Sûrement. Ecoute, je… Oh merde, c’est trop con à dire devant un coucher de soleil, dans l’herbe. Tu voudrais pas aller boire un coup ?
-Pourquoi pas, si ça te fait plaisir. » Ils partirent tous les deux en direction du bar familier. Comme à leur habitude, aucun ne parla outre mesure pendant le trajet. Toutefois, il sentait une hésitation de la part d’Eve, qui semblait amorcer un mouvement et se raviser aussitôt. Devinant aisément sa pensée, il lui tendit de lui-même son bras, sous lequel elle passa le sien avec une pointe de soulagement. Au Saltimbanque, il commanda une bière, et alla s’asseoir en face d’Eve et de son whisky. Délaissant leurs boissons, ils restèrent un long moment à se regarder. Au-delà des courbes de son visage, coupé par une mèche de cheveux, il était particulièrement surpris de la manière dont elle l’observait en tout point semblable à la sienne. Elle vida finalement son verre d’une traite et prit la parole.
« Écoute… Bon, c’était déjà assez difficile avant ton opération, et je n’osais pas trop te bousculer. Mais tout ça m’a fait réaliser que tu me plais beaucoup, Damien, et que je tiens à toi plus que je ne l’aurais voulu l’admettre en premier lieu.
-Pourtant, tu sais ce qu’impliquait l’opération du docteur Cromwell. Il semblerait que je n’aie plus de sentiments, ce qui restreint mon aptitude à entretenir une relation amoureuse avec toi. C’est bien de cela qu’il s’agit, n’est-ce pas ?
-Ca, c’était l’hypothèse. Mais je vois bien comme tu regardes le monde, les gens… Pas avec les yeux d’un robot. En fait, c’est plutôt comme si tu avais finalement des sentiments.
-Je trouve que le monde est beau et, plus que tout, que les gens sont beaux. Je te trouve belle, plus belle que d’autres gens, ça je peux en juger. Mais c’est tout, et il serait malhonnête de ma part d’affirmer que j’éprouve autre chose. Il faut aimer quelqu’un pour devenir son conjoint, et j’ai demandé à ce que l’on m’ôte cette capacité. Peu importent les circonstances, je sais que si je te perdais, je n’en serais pas attristé ; et que ce n’est pas l’attitude que tu attends de moi. Je te demande pardon » Il pouvait sentir Eve se résigner un peu plus à chacune de ses phrases, et, tandis qu’il contemplait toujours ses yeux d’un bleu parfait, il remarqua que ces derniers se voilaient de larmes. Pris d’un élan compatissant, il voulut prendre sa main posée sur la table, mais elle la retira pour étouffer un sanglot. Dans sa détresse, elle agrippa son verre, seulement pour se rappeler qu’elle l’avait vidé un instant plus tôt.

« Désolée, je sais que c’est stupide mais je… Laisse tomber, c’est tout. A plus Damien, tâche de ne pas court-circuiter avant qu’on se revoie » Elle avait séché ses larmes et s’était levée en parlant. Il s’attendait à une réaction de ce genre : selon ses souvenirs, il aurait auparavant encaissé la chose de la même manière. Cependant, le peu de cas qu’il faisait de son départ ne faisait que confirmer l’absence de sentiments qu’il avait augurée. Il prit son temps pour finir sa bière, détaillant à chaque gorgée l’amertume pétillante de la boisson, et le goût discret de l’alcool, qui surgissait après le passage du liquide. Il quitta le bar lorsqu’il finit son verre. La nuit et les réverbères donnaient à la rue des teintes qu’il n’avait pas encore pu admirer, et il fit plusieurs détours avant de finalement parvenir à son appartement. Il prit une douche avant d’aller se coucher, et passa un long moment enveloppé de l’eau chaude ruisselant sur lui, son cerveau submergé d’informations de toutes parts. Si ses neurones artificiels pouvaient fonctionner en continu sans sommeil, le reste de son corps avait tout de même besoin de sommeil, au même titre qu’auparavant. Il eut simplement à se coucher, et à déclencher de lui-même le mécanisme qui stopperait partiellement son esprit.

C’est ainsi que se déroula la première partie de la nuit. Cependant, au moment où le jour commençait tout juste à poindre, son esprit se déchaîna en une vague de perceptions contradictoires à travers son crâne. Par un mécanisme imprévisible, il rêvait, les images tourbillonnant derrière ses yeux fermés. Les mécanismes perturbés de son organisme firent battre son cœur un peu plus vite, et ses doigts se resserrèrent sur les draps. En quelques secondes, tout était fini, et son sommeil reprenait son cours. En se réveillant, il ne parvenait pas à se souvenir précisément de ce qui avait dansoté derrière ses yeux fermés un instant auparavant. Sa conscience, ténue mais omniprésente, avait gravé dans sa mémoire chacun des mouvements qu’il avait effectué pendant la nuit, il pouvait reconstituer sans problème l’intégralité de son cardiogramme, il connaissait chacun des mouvements de son iris derrière sa paupière. Pourtant, il ne parvenait pas à saisir le moindre élément ayant trait à sa perturbation onirique, et cette incapacité le plongea dans une confusion encore nouvelle. Il s’habilla rapidement et s’installa à la cuisine, se saisissant d’un morceau de pain et d’un verre d’eau, ne disposant de rien d’autre pour agrémenter son repas sans saveur. Sans plus de préparation, il partit vers le campus, l’esprit étrangement plus embrumé qu’auparavant. C’était comme si son rêve avait ensablé la machinerie qui lui tenait lieu d’esprit, et il peinait à retrouver toute son acuité. Il n’était pas plus alerte en arrivant sur le campus, et seul un message de Christine le tira du coton dans lequel il semblait évoluer. « On t’a gardé une place », ce qui, il le devinait, signifiait qu’il allait rencontrer à nouveau Victor plus tôt qu’il l’avait anticipé, bien qu’il ne soit pas dans les meilleures dispositions. Il pensa également à informer Cromwell de ce désagrément, et lui envoya un message pour le rencontrer dans l’après-midi, s’engageant en même temps dans les couloirs qui le mèneraient à l’amphithéâtre. Lorsqu’il passa la porte de ce dernier, il embrassa du regard l’immensité des places, qui se remplissaient peu à peu d’étudiants. Parmi la cinquantaine déjà présents, il repéra en une fraction de seconde Christine, comme à son habitude agrippée au bras de Victor.

Il tenta de se persuader qu’il recevait des informations erronées, à mesure qu’il sentait son ventre se tordre et ses jambes se dérober sous lui. Il était proprement impossible qu’il puisse subir à nouveau ce type de réaction. Pourtant, il savait également que chacun de ses nerfs était absolument fonctionnel, et il se sentait parfaitement vaciller. Paniqué, il retourna dans le couloir, priant pour que Christine ne l’ait pas aperçu. Perdant son équilibre, il s’appuya contre le mur. Tout son corps était agité de soubresauts, tandis que son ventre se recroquevillait un peu plus sur lui-même. Tout son esprit semblait s’émietter à mesure qu’il perdait le contrôle sur ses fonctions vitales. Son rythme cardiaque s’accélérait à nouveau en même temps que sa respiration. Quelque chose se brisait en lui, comme si son éphémère convalescence avait cristallisé son âme crevassée, l’avait rendu prête à exploser à la première secousse. Il ne devait pas y avoir de secousse, c’était ce que Cromwell avait promis. Pourtant, il sentait chaque fragment de son esprit déchirer son crâne comme autant de morceaux de verre. Dans un antique réflexe, son poing se resserra avec force. N’ayant pas d’autre chance de conjurer le mal qui rongeait sa conscience vacillante, il se redressa et frappa avec force contre le mur. Un éclair de douleur enflamma son bras, mais il ne s’arrêta pas pour autant. A chacun de ses coups, ses phalanges menaçaient de voler en éclats, sans pour autant rapiécer son esprit défaillant. Lorsque ses muscles cessèrent finalement de répondre, les os de son poing étaient presque à nu, et son sang ruisselait à grosses gouttes sur le sol. Il recevait par intermittences des pics de douleur, qui ne levaient pas la brume de son esprit comme auparavant.

Il sentit à peine son téléphone vibrer dans sa poche. Reprenant un faible contrôle de lui-même, et se dirigeant vers la sortie, il agrippa son cellulaire de sa main valide. Il savait désormais où était Cromwell. Cromwell, qui, sous le prétexte de le sauver, l’avait traîné au fond de l’abîme. Il lui avait fait miroiter une opération salvatrice, puis l’avait poussé dans le gouffre au bord duquel il se tenait. Il aurait fait subir le même sort à sa femme pour ne pas la perdre, pour satisfaire son égoïsme sans bornes. Ruminant la haine qui le hantait, il était remonté en courant jusqu’au bâtiment où Cromwell l’avait précédemment opéré. Ouvrant la porte avec fracas, il trouva le docteur en train de manipuler un second encéphale électronique.

« Vous n’en voulez pas un pour vous ? Avec un sens éthique implanté ?
-La tumeur a encore progressé. Votre cas aidant, je devrais pouvoir… » Il avait interrompu la rengaine du professeur en projetant la table et la machine sur le côté. Il bondit sur le professeur, l’agrippant par le col, hagard et hurlant
« Est-ce que j’ai l’air d’une expérience à reproduire ? Regardez-moi, nom de Dieu ! Tout était supposé se barrer, on avait convenu de tirer la chasse sur tout ce qu’il y avait avant ! C’était notre marché !
-C’était seulement une hypothèse ! Je ne pouvais pas anticiper… » Un voile rouge enveloppait son esprit, l’étouffait, menaçait de le faire imploser. Son sang ruisselait sur la blouse blanche du professeur en des circonvolutions de mauvais augure. Il voyait les lèvres paniquées de Cromwell s’agiter, mais n’entendait plus rien. Un épais acouphène avait succédé au fracas de son entrée, et il ne sentait plus s’il criait ou non. Il leva à nouveau le poing dans un mouvement erratique, et l’abattit sur le visage du professeur. L’adrénaline qui parcourait son corps lui donnait la force propre aux déments, et il se perdit dans son déchaînement, animé seulement d’une frénésie sans précédent. Il finit par lâcher le professeur, qui s’effondra, et continua à le frapper à terre. L’espace d’un instant, il revit le parc qu’il avait visité la veille, le seul souvenir récent qu’il parvînt à extirper du tourbillon de ses pensées désagrégées.

Lorsqu’il revint à peu près à lui, il était en dehors du laboratoire. Un mouvement réflexe lui indiqua que sa main droite était brisée, et maculée de sang jusqu’au poignet. Une confusion cotonneuse avait succédé à la rage incontrôlable. Rentrant chez lui, faute d’avoir une autre destination, il fut envahi d’une tristesse régressive, une détresse infantile, qui puisait au plus profond de son humanité déchue. Animé d’une vague de sanglot qu’il ne chercha pas à retenir, il ne parvint pas à retrouver la dernière fois qu’il avait pleuré. L’image de Christine s’imposa à lui une fois encore au moment où il pénétra dans son appartement, parcourant les circuits encore valides de son encéphale. Bien qu’il ne puisse pas la supporter, il embrassa totalement sa vision, détaillant chacun de ses traits tant qu’il parvenait encore à s’en souvenir. Il regretta de ne pas pouvoir lui parler pour la dernière fois, de lui dire qu’il avait après tout essayé. Les composants de sa machine grillaient un à un, comme surchargés par une force trop grande revenue à la charge. Il ne parvenait plus à se remémorer le cours des derniers jours, le chemin qui l’avait conduit ici s’était perdu dans la brume. Ses larmes avaient arrêté de couler, à mesure qu’il perdait chacune de ses fonctions motrices. Il ne parvenait plus à discerner les regrets de la colère ou de la tristesse, submergé d’un fracas d’émotions pures et contradictoires qui l’achèverait à tout moment. Il luttait seulement pour conserver les traits de son amie dans ses dernières pensées. Il ne voyait plus rien, mais s’accrochait à tous prix à chaque morceau de l’image éblouissante qu’il tirait de ses lambeaux de souvenir. Dans son esprit, l’image ténue de Christine lui sourit, l’absolvant de tous ses échecs.


Dernière édition par Moriarty le Sam 18 Fév - 14:26, édité 1 fois
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Saad
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Localisation : J'aurais bien une idée mais ça va pas te plaire.

MessageSujet: Re: De Fer - Partie V (Fin)   Sam 11 Fév - 11:25

Une fin triomphale pour une nouvelle qui nous en aura faite voir de toutes les couleurs.
Tu sais déjà tout ce que j'en pense donc je rajouterai un simple: bravo.

_________________

- Merci à Loleyke pour cette signature qui déchire.
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Hociri
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Date d'inscription : 24/11/2016

MessageSujet: Re: De Fer - Partie V (Fin)   Sam 11 Fév - 14:46

Et ça sera un second bravo.

Franchement cette fin était splendide !
Merci pour cette nouvelle qui aura été juste géniale du premier au dernier mot.
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MessageSujet: Re: De Fer - Partie V (Fin)   

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De Fer - Partie V (Fin)
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