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 [Vagabonds à Louer] Episode 8: Automne et Printemps.

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Saad
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Localisation : J'aurais bien une idée mais ça va pas te plaire.

MessageSujet: [Vagabonds à Louer] Episode 8: Automne et Printemps.   Jeu 9 Fév - 4:10

Les bottes s'enfoncent dans la terre fertile, dans la route de terre battue. Un nouveau sentier, un nouveau chemin, vers la gloire et l'aventure.
Le soleil les guide de sa lumière, eux dont le corps vaillant et l'esprit aventureux façonne la voie, condamne à la constante aventure. Une sentence consentie, accueillie à bras ouverts.
Tout s'illumine, autour et en eux. L'astre céleste s'élève toujours plus haut, leurs cœurs battent toujours plus fort. Leur conviction grandit à chaque pas : ils avancent d'un pas épique et décidé, prêts à affronter tous les dangers.
Ils sont des mercenaires, mais bien plus : ils emmènent les espoirs d'un père éploré, et de l'humanité toute entière, l'intime certitude que l'homme peut tout vaincre, et que les ténèbres obscurcissant l'horizon n'attendent que les flambeaux de l'héroïsme pour être dissipées... Ils en sont les porteurs.

Les chaumières laissent bientôt place aux champs, dans lesquels les fermiers s'affairent et, arrêtant leur labeur, les saluent.
Certains s'approchent pour leur souhaiter bonne chance, d'autres sifflent sur leur passage. Ils les hèlent, criant leurs noms, hurlant des encouragements.
« Je prierai pour vous deux. » Leur assure un vieil homme presque plié en deux sous le poids de l'âge, son épaisse barbe mangeant la moitié de ses mots, sa bouche édentée pliée en une expression exagérément déterminée.
« Merci mon vieux, les divins t'entendent. » Le remercie la guerrière en lui tapotant chaleureusement l'épaule.

Leurs pas galvanisés quittent bientôt les terres cultivées et les emmènent en contrées sauvages, là où le blé laisse place à la broussaille et où les routes se font cahoteuses, où les puissants chênes remplacent les humbles pommiers, où les hêtres se mêlent aux bouleaux, et où ifs et frênes attendent patiemment le facteur d'arcs, leur bois souple nourri par les auspices d'une nature florissante, gardée par les forces de la nature, protégés par son esprit.

Plus que jamais dans son élément, la jeune femme mène la marche, montant les talus comme des escaliers, ignorant mûriers et broussailles, avec l'aisance des animaux détalant sur leur passage, bondissant comme un lapin, galopant comme un cerf, avançant à pas de loups ou filant à travers la brousse comme un oiseau sous les cimes.
Mais le guerrier n'est pas en reste, et si le boucan provoqué par son armure alerterait n'importe qui à des dizaines de mètres, son équipement ne semble entraver en rien sa souplesse. Prenant appui sur les branches, les racines et même les ronces pour s'aider dans ses ascensions, sautant par-dessus les troncs effondrés avec la vigueur d'un jeune éclaireur, dont il copie l'aisance et l'allure, ses onces d'acier semblent ne rien peser, ne laissant que quelques mètres entre lui et son associée.

« Bon sang, j'm'attendais à devoir m'arrêter pour te laisser me rattraper. Tu m'épates. » S'étonne t-elle, s'arrêtant.
Un petit rire étouffé lui répond. « Nous devrions ralentir, on risque de s'épuiser avant le méridien. »
« Oui, on va calmer la cadence. Je voulais tester ton endurance. » Acquiesce t-elle avec un sourire.
« Satisfaite ?
- C'est pas mal pour un type en armure.
- C'est moins encombrant qu'on ne le croit... » Amorce t-il, bondissant par-dessus le vestige d'un chêne déraciné. « Le poids est réparti sur tout le corps. »

Parvenus à la même hauteur, les deux comparses se remettent marche d'un pas soutenu, mais économe.

« Ca semble quand même sacrément lourd. » Poursuit la combattante, jaugeant l'attirail du regard.
« Quand tu le tiens à bout de bras, oui. Tu ne la sens même plus une fois enfilée. »
- Faudra que j'essaie, un jour... » Rêvasse Kleyï.
« Alors économise tout de suite, ça coûte très cher.
- Un haubert et quelques plaques ? » S'étonne t-elle en haussant les sourcils.
« Si tu veux une cotte grossière avec des mailles desserrées, un fer de mauvaise qualité, et des morceaux de métal à peine forgés en guise de plates, ça peut effectivement être plus économe. Mais ça ne sert à rien de porter une armure bon marché : la mort se fiche de l'état de ta bourse. » Souffle t-il.
« Vu comme ça. »

Autour d'eux s'épanouit la vie. Le sol se tapisse d'une herbe grasse, au vert plus profond que le bleu des océans, les arbres étirent leurs racines dans le sol, certaines en émergents en tentacules de bois et de mousse. Ils parlent, leurs feuilles discutent dans le doux vent les faisant bruisser comme des milliers de cordes vocales perchées sur les branches en ramages d'or et de bronze.
La nature raconte son histoire : une petite souche, entourée d'un épais tapis de fourrure verdoyante, baigné dans les rais du soleil perçant à travers la touffue cime des arbres, tient la trace du jeune arbrisseau qui, un jour, se tenait en sa place. Aujourd'hui, son vestige abrite coléoptères et fourmis, nourrit les champignons dont les spores iront à leur tour coloniser une nouvelle terre vierge de tout fongus, un nouveau bois sur lequel trouver refuge et nutriments.
Les ysthies ont ouvert leurs bourgeons d'automne, des fleurs vertes et brunes, et dont le pistil qu'ils abritent se détache et volette tranquillement dans la bise, les multitudes d’œufs translucides et à la surface couverte de graisse végétale reflétant la lumière du soleil, les muant en sortes de petites lucioles... Précisément ce que sont destinés à devenir ces œufs, une symbiose parfaite entre arbres et insectes pollinisateurs, l'un offrant la vie aux végétaux, et l'autre un havre pour leur descendance.

De temps à autre, un arbre se couvre de fruits automnaux, picorés par de petits oiseaux sous le regard affamé des kobolds des branches. Un renard observe le passage des deux mercenaires, pour détaler en vitesse lorsque ceux-ci s'approchent du buisson lui servant de cachette, bientôt imité par un écureuil affairé à grignoter une noisette.

Leur pas régulier, presque martial, leur font traverser la brousse et les heures sans même s'en rendre compte, la fatigue n'étant qu'une distante notion. A la grande joie de la mercenaire, qu'elle ne manque pas de partager par quelques remarques à la fois chaleureuses et taquines, le chevalier ne réclame ni pause ni pitié. Il semble avoir trouvé son rythme de marche, et sa vitesse constante lui convient parfaitement. Elle semble même ennuyée de ne pas pouvoir le distancer, ne serait-ce que pendant quelques minutes, jalousant presque son endurance à toute épreuve.
Cette dernière étonne d'ailleurs le combattant, qui s'attendait, après plusieurs semaines de maladie et d'errance sans toit, à retrouver son corps engourdi et inapte à l'action. Pourtant il n'en est rien, et, revigoré par une force presque surnaturelle qu'il aimerait appeler « volonté », il lui semble avoir rajeuni d'au moins dix ans... En une nuit de sommeil, et deux repas.
Malgré quelques quintes de toux éparses, même le mal affligeant le chevalier semble s'être apaisé, à son grand bonheur.

« Tu sais où est le campement des satyres ? » Demande Allester, observant un couple de tirims se disputer une pomme trop mûre à grands renforts de feulements gargouillant et d'exhibitions de crocs.
« Pas exactement. Mais il est à au moins une vingtaine de lieues vers l'étoile de Phyrril couchante.
- On s'arrêtera pour camper au crépuscule, dans ce cas.
- C'était prévu, on doit être en forme face à ces monstres. »

Les pas du chevalier ralentissent, son menton se lève... Quelle magnificence.
Devant lui, gigantesque, la stature majestueuse, presque royale, s'élève un arbre tout droit sorti d'une légende. Une racine presque totalement extirpée, épaisse comme une roue de charrue, laisse deviner l'âge du vénérable végétal.
Sur son tronc courent sarments et lierres, habillant son écorce brune comme la terre d'un manteau de verdoyante dentelle.
Trônant comme un divin pilier au milieu de la forêt pourtant dense, comme le corps d'un géant endormi, recouvert par le temps et les bénédictions de mère nature, la mystique noblesse s'en dégageant le transforme en autre chose qu'un « simple » arbre... Quelque chose de plus grand. Quelque chose de magique.
Son regard remonte lentement le long de l'écorce, coulant comme un flot d'émerveillement stupéfié le long de son corps immortel, telles les perles d'une pluie fascinée, ralentissant sa contemplation pour ne pas s'éblouir de sa fantastique beauté, pour ne pas offusquer sa férale grâce, pour saisir chaque miette de son être de pure harmonie.
Enfin apparaissent les membres du titan de bois et de lianes, des bras gigantesques. Bien trop grands pour être de simples branches, ce sont de nouveaux arbres émergeant du tronc déjà colossal, et portant sur eux une légion de feuilles de chêne dont la couleur transforme le ramage en royale couronne sertie de rubis, d'agate et de citrine, chaque embranchement accueillant les nids d'une colonie de plumages chamarrés, rouges, bruns, blancs, noirs, verts et bleus.
Plus qu'un arbre, c'est une ville pour la nature environnante, une mégalopole de bois et de feuilles où se côtoient rongeurs arboricoles et oiseaux de tous horizons.
Et, comme se sentant observés, ce monde s'agite soudain... Un petit piaillement.
Un un millier de chants, de bruissements et de petits cris, un concert animal auquel se mêle frottements des feuilles et battements d'ailes.

Ses yeux s'illuminent, la beauté le subjugue. Il ôte son heaume, le passant sous son bras.
Une mélodie parfaite, une vision de paradis.

« C'est beau, hein ? »
Le chevalier acquiesce dans un soupir béat.
Il ne peut sourire, son ouïe et sa vue paralysent sa conscience. Il n'est plus que sensations.
Et voilà que lui parvient les senteurs de la végétation humide, de la mousse et de l'humus. Il revit ces instants de bonheur que sa mémoire avaient ravivé la veille.
« Un Gardien des Bois. Un Gallhadenom. » Murmure t-elle, debout près de lui, joignant sa contemplation.
Quelques secondes passent, un temps indéfini pour celui dont l'âme se perd dans ses yeux, dans ses oreilles et dans son nez. Pour celui qui s'abandonne à la vue, à l'ouïe, et à l'odorat. Pour celui qui délaisse son esprit au profit de ses sens. Un bonheur empiriste, parfait, total.
« C'est du Gaellern. » Souffle t-il.
« Ouais. » Acquiesce t-elle dans un chuchotement.
« C'est ta langue. »
« Celle de mes pairs. »

Elle tourne la tête... « Allester? Ca va ? »
Une goutte roule sur la joue du vagabond.
« Hé, Allester... »
« Ca va... Ca va. » Murmure t-il en lâchant un petit sanglot. « C'est juste... »
Un sourire étire son visage. « C'est tellement beau. »
« Viens, on s'arrête pour manger. » Sourit-elle en posant sa main sur son épaule... Un petit rire l'anime. « Je ne te pensais pas si émotif. »
« Si tu savais. » Répond-il, rêveur, s'asseyant lentement.

Les deux comparses partagent leur repas sans un mot, profitant de la plénitude diffusée par le gardien, se propageant dans leurs âmes comme un flot de tranquillité, coulant dans les veines de leur esprit ainsi apaisé, résonnant dans leurs êtres comme le son muet d'un instant de transcendantale perfection. Un morceau de nirvana dans leur existence de lutte.
Si tous les êtres existants pouvaient se retrouver autour de cet arbre, et manger à son pied comme ils le font, les armes qu'ils portent ne leur serviraient peut-être plus.
Dans cet instant de trêve avec le monde, la colombe au rameau d'olivier leur apparaît sous la forme d'un magnifique arbre, un jour d'automne, dans le chant des oiseaux.
Dans cet instant précis, il leur apparaît qu'il puisse exister autre chose. C'est peut-être cette pensée qui tira une larme à Allester : imaginer une toute autre réalité, dans laquelle lui et ses démons pourraient enfin conclure un armistice, où il pourrait se réconcilier avec ses souvenirs et, une fois au moins, être en paix avec ce qu'il est, ce qu'il fut, et ce qu'il fit.

Ils voulurent repartir... Mais, au moment de se relever, leurs regards se croisèrent. Se souriant, ils conclurent un accord tacite.
Les deux êtres s'allongèrent chacun de leur côté, et contemplèrent le ciel.

« Tu es quelqu'un d'étrange. » Lui dit la mercenaire. « Je te rencontre et tu es abattu, je te parle et tu es froid, tu te souviens du passé et tu nous émerveilles... On te pose une question sur toi-même et tu te renfermes. Tu ne dors qu'une nuit et te voilà déterminé. Tu es ici et tu es en paix. Qui es-tu, Allester ? »

« Je n'en sais rien. Je crois que je préfère ne pas le savoir. »

Le silence... Les oiseaux se taisent un instant.

« Comment tu te sens ? » Demande t-elle en tournant la tête vers lui.
« Vide. Si vide. Et tellement heureux. »

Ses yeux se rivent à nouveau sur le ciel.

Ils ne sauraient dire le temps qui passa avant de qu'ils ne se relèvent. Ils partent sans un mot, sans un regard en arrière. Laissant derrière eux l'arbre et ce moment si étrange, si unique, si agréable, pour s'enfoncer plus avant dans les bois, avancer en oubliant tout.
Ne restera de cet instant qu'un souvenir flou dont ils se souviendront au coin du feu, ou dans une taverne, une bribe de mémoire, la réminiscence incomplète et insatisfaisante de ce qu'a été la plénitude qu'ils ont ressenti, et un intense, indomptable besoin de revenir à cet endroit dont ils auront tout oublié, pour le ressentir à nouveau. Ne restera plus qu'un désir insatiable de vide, d'un vide existentiel, personnel, émotionnel... De vide total, plein.

Les deux mercenaires poursuivent leur route, jusqu'à la tombée de la nuit, avançant dans la forêt s'assombrissant d'heure en heure, rattrapant le retard pris en accélérant l'allure, sans plus prêter attention à la beauté de la nature environnante, sans plus s'attarder sur le moindre détail, aussi gracieux soit-il.
Bientôt ne reste plus du soleil qu'un fragment au couchant, et l'horizon se teinte des couleurs douces et chamarrées d'une journée s'achevant.

Arrivée dans une clairière, la guerrière lève les yeux au ciel, et, constatant de l'arrivée imminente de la nuit, s'arrête.
« C'est l'heure pour une bonne pause ! » S'exclame t-elle, mains sur les hanches. « Dressons le camp ici. » Lui lance t-elle avec un léger sourire.
« Bonne idée, tu as quelque chose à griller ? » Demande le chevalier d'un air circonspect.
« Allester, on ne fait pas de feu si près d'une tribu de monstres anthropophages. » Le réprimande la traqueuse, étourdie par l'absurdité de la proposition. « Autant aller les voir nus comme des vers, salés et poivrés, ça leur facilitera le travail. » Renchérit-elle d'un ton sarcastique.
« Justement, j'allais te déconseiller d'en faire un. » Se défend-il avec un calme olympien.
« Ne me prends pas pour une amatrice, je sais ce que je fais. » Rétorque Kleyï avec un rictus frustré.

L'ambre du soleil couchant s'assombrit à vue d'oeil, et avec lui la totalité de la forêt, de la terre, du monde.
Bientôt ne restera plus qu'une épaisse et inextricable pénombre, à laquelle ils ne pourront se soustraire : sans feu, ne demeureront que les ténèbres. Alors, profitant des derniers rais de lumière cuivrée, les deux compères extirpent de leurs sacs leurs provisions, et entament leur dîner.

« Alors tu es une Gaellern... » Remarque Allester en découpant un morceau de comté à l'arôme fruité.
Mâchonnant des morceaux de racine taillée en petits tronçons, semblable à du radis noir, Kleyï hoche la tête, poussant un petit bruit affirmatif.
« Tu es de quel clan ? » Poursuit-il entre deux bouchées.
« Queller.
- D'où la couleur des braies ? Ce sont vos couleurs ?
- « D'écorce et de feuilles, de bois et de terre... »
- « … Enfants des chênes et du grand cerf. » » Finissent-ils en choeur.
« Tu la connais ? » S'étonne la tribale.
« J'en ai quelques bribes. » Répond-il, haussant les épaules, déchirant une miche de pain.
« Un étranger qui connaît notre mythe... Je maintiens ce que je disais : tu es plein de surprises. »
Allester, visiblement touché, laisse échapper un petit souffle, et un léger sourire.
« Et toi, tu viens d'où ? Et ne me dis pas « de la route » ou je te frappe. » Demande t-elle avec un regard faussement féroce.
« D'accord, d'accord... Tu veux savoir où je suis né, c'est ça ?
- Oui.
- La réponse ne va pas te plaire.
- Pourquoi ? » S'enquit-elle, haussant un sourcil.
« Je te le dis : ça ne va pas te plaire. » Assure t-il en hochant la tête.
« Bah, qu'importe. Alors ?
- Lormek. »
La mercenaire se fige, yeux écarquillés.
« Je te l'avais dit.
- Tu es Lormekois ? »
- Non, je suis né à Lormek. Je n'ai rien à voir avec ses habitants, ni avec personne d'autre. Je ne suis qu'un vagabond sans nation. Sans pays. Sans attaches... »
Son regard tombe, se rive sur le sol. Dans un soupir, il termine.
« Et sans maison. Sans repos. »
Le silence tombe sur les deux compagnons d'armes... Kleyï, gênée par sa réaction offusquée, tente de trouver les mots pour le réconforter. Mais de sa bouche, rien ne sort. Que dire à un homme démuni ?
« Je sais que ça peut paraître dur, et je pense que tu l'as plus expérimenté que moi... Mais tu sais, avoir un point d'ancrage n'est pas une fin en soi. D'accord, ça fait du bien de se dire qu'on a au moins un endroit où on sera toujours accueilli, réconforté, réchauffé et nourri... Mais il y a beaucoup de personnes qui s'en passent. Il y en a pour qui la route fait un très bon foyer. Vagabonder c'est pas forcément errer. Toi tu erres, Allester. »
Le chevalier relève la tête, le regard peiné... Mais teinté d'une curieuse lueur d'espoir.
« Tu as besoin d'un but. D'une raison pour te battre. »
Les yeux à nouveau rivés sur le sol, le chevalier hoche de la tête.
« Quand j'ai été radiée de l'armée de Storvan, je ne savais plus quoi faire. Je ne savais que me battre, et je ne voulais rien faire d'autre. J'ai erré, moi aussi, pendant un petit moment. Je suis retourné dans mon clan, mais la vie ne m'y satisfaisait plus, alors je suis repartie sur la route.
- Et ?
- Et un jour, par le plus pur des hasards, j'ai rencontré un marchand qui avait besoin d'une escorte. En chemin, on a discuté, et avec la guerre contre Lormek, les armées des Barons ne pouvaient plus s'occuper de la sécurité des caravanes... C'est là que j'ai compris ce que j'allais devenir : mercenaire. Mais pas n'importe quelle mercenaire : une bonne mercenaire. Qui protège les bonnes personnes. Alors, certes les seuls contrats que je passe sont avec de petits marchands qui me paient juste ce qu'ils peuvent et juste ce qu'il me faut pour ne pas claquer la gueule ouverte, mais c'est pas un problème. J'ai une raison de vivre et de me battre. Avec le temps j'ai réussi à nouer des contacts avec les locaux, j'ai amassé un léger pécule en me limitant sur les beuveries et je me suis acheté un petit cabanon à la lisière de la forêt. C'est chez moi, maintenant. »
La lumière de cuivre du soleil illumine de ses derniers rais le visage de la guerrière. Pourtant la plus étincelante des lueurs ne sont pas les rayons faisant resplendir ses cheveux, mais son sourire. Fier, combatif, assuré, optimiste... Confiant.
« C'est comme ça que tu quittes l'errance... Moi je me suis installé ici, mais tu n'as pas à en faire de même. Ce qu'il te faut pour te sentir chez toi c'est te trouver un but, te trouver un combat à mener. Quand tu l'auras trouvé, où que tu sois, tu seras toujours chez toi. Si tu veux vivre, il te faut une raison de le faire, sinon tu ne fais que survivre. »
Le silence se pose sur les deux combattants, le soleil se cache derrière les montagnes. Fixant le visage du chevalier, voilé d'ombre, la guerrière attend... Impatiente.
Sa tête hoche.
« Merci Kleyï. »
Elle ne le voit plus, pourtant elle le sait : le chevalier sourit. Il l'a entendue.
« On ferait mieux de dormir... Il faut qu'on soit reposés pour demain.
- Tu as raison, je veux être en forme pour casser du satyre. »
Et, sans plus de cérémonie, la guerrière s'allonge sur le lit de feuilles mortes, calant son sac sous sa tête, bientôt imité par le chevalier, dont l'armure cliquette tandis qu'il s'installe sur le sol humide, comme dans un sarcophage de métal.

« Kleyï ?
- Oui ?
- Il y a de place dans ta compagnie de mercenaires ? »
Elle sourit.
« Fais tes preuves, nobliaud. On en reparle demain soir.
- Je pourrais te surprendre.
- T'as l'air très bon à ça, en effet. Bonne nuit Allester.
- Bonne nuit Kleyï. »

Le hululement des chouettes marque la fin du crépuscule. Ne demeurent plus que les ombres, et les silhouettes furtives des bêtes nocturnes, sorties chasser, ou se désaltérer.
Eux dorment, mais la nature, elle, ne sommeille jamais, et le bruissement des feuilles dans les arbres berce les deux combattants, tandis que les cimes reprennent leur interminable discussion.
Tout s'agite autour du chevalier, et pourtant, en lui, quelque chose s'est apaisé. Tandis qu'il s'endort, les mots de la guerrière résonnent dans sa tête. Et il sent, tranquille, son cœur battre, comme renouvelé, comme une antique machine décrassée, remise à neuf. Peut-être a t-il un espoir. Peut-être a t-il une chance. Après tout ce tabard qu'il porte n'est-il pas l'assurance même du renouveau et de l'inexpugnable volonté de l'homme ? Oui, le soleil s'est couché, mais sur le tissu de bleu et d'or, et dans son esprit, dans son âme, il se lève, l'astre lancé dans le ciel de ses pensées reluit plus que jamais, darde de ses rayons sa conscience, son futur, les plantes de l'espoir s'épanouissent et les fleurs du destin s'ouvrent, radieuses. Les ronces se couvrent de roses, et qu'importent leurs épines, qu'importent les difficultés, les douleurs et la pauvreté. Qu'importent les possessions matérielles, le tumulte dans son estomac, qu'importe le froid de l'hiver, la fournaise de l'été, qu'importe les diluviennes pluies d'automne, son être, lui, est en printemps. Et tout y fleurit. Et tout y naît. L'espoir, en premier lieu.
Dès demain il se battra pour une cause qu'il pense juste.
Il ramènera le jeune homme à la maison, il pourfendra l'impie, il se battra pour le bien, la justice, et la paix des honnêtes gens. Et qu'importe si ses pas s'usent, si ses os rouillent, si la belle étoile devient son toit, et si son armure devient son lit. Qu'importe à présent, car il vit.

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Moriarty
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 8: Automne et Printemps.   Ven 10 Fév - 19:10

Je sens venir une sale désillusion, mais alors tellement fort x)
Très bon épisode, excellent boulot sur les descriptions (cf ce que je t'avais dit sur les aquarelles de Guarnido), et a fait plaisir d'en apprendre un peu plus sur Kleyï
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Saad
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 8: Automne et Printemps.   Ven 10 Fév - 19:37

On verra bien l'ami, j'ai pas envie de me séparer de Kleyï. J'aime bien c'te femme, et j'ai réussi à me détacher du cliché de jeune rebelle "gosse avec des burnes" que je trimballe sur la plupart de mes personnages féminins revêches.

En tous cas ça fait super plaisir d'entendre ça, et ouais, franchement, comparer mes descriptions au taf' de Guarnido c'est un sacré honneur que tu me fais.

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Hociri
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 8: Automne et Printemps.   Sam 11 Fév - 14:15

Magnifique épisode, toujours plus beau et poétique.
On apprends p'tit à p'tit à les connaître tes deux aventuriers, ( en même temps qu'eux-même du coup ) ça fait plaisir. Et tout plein d'émotions qui nous arrives, très bien joué, très bien écrit !
Et en tout cas j'apprécie que cette mercenaire rempit d'espoir Allester.

Bon maintenant , place au combat, vraiment hâte de voir comment ça va se passer pour les deux combattants.

Merci pour cet épisode qui était  de toute beauté.
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MessageSujet: Re: [Vagabonds à Louer] Episode 8: Automne et Printemps.   

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[Vagabonds à Louer] Episode 8: Automne et Printemps.
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